« Ouvrez le portail ! Lucie va arriver d’une minute à l’autre avec son mari et les enfants ! » ordonna Isabelle, laissant Romain pâlir et Emma figée sur la terrasse

Présomptueux, intolérable contrôle familial, tension prête à éclater.
Histoires

Je sentis le sang me quitter le visage.

— Tu as donné ton accord ?

Romain avança d’un pas vers moi.

— Je voulais t’en parler.

— Quand exactement ? Une fois leurs valises déjà posées dans ma chambre ?

— Ce n’est que pour quelques mois.

— Quelques mois ?

— Deux, peut-être trois.

Isabelle eut un geste vague de la main, comme si tout cela n’avait aucune importance.

— Ou six. On verra bien.

Je la fixai.

Ce fut sa première vraie erreur.

Elle venait de parler trop vite.

— Six mois ?

— Et alors ? répliqua-t-elle. Vous avez cinq chambres. Cette maison est immense. Tu ne vas tout de même pas laisser des enfants dehors alors que vous avez largement la place !

Sa phrase était calibrée au millimètre.

Elle cherchait à me faire passer pour la méchante de l’histoire.

Seulement, Isabelle ignorait une chose.

Une chose que Romain, pour une raison qui m’échappait, ne lui avait manifestement jamais expliquée clairement.

Cette maison n’était pas « à nous ».

Elle était à moi.

Je l’avais achetée trois ans avant de rencontrer Romain, avec mes économies et une partie de l’héritage de ma grand-mère.

Romain vivait ici avec moi, mais son nom n’avait jamais figuré sur l’acte de propriété.

Entre nous, cela n’avait jamais posé le moindre problème.

Jusqu’à ce jour-là.

Un coup de klaxon retentit soudain.

Le visage d’Isabelle s’illumina aussitôt.

— Les voilà !

Elle se précipita vers le portail.

— Romain ! Ouvre-leur !

— Tu n’ouvres rien, dis-je.

Mon mari s’immobilisa net.

Isabelle se retourna lentement vers moi.

— Qu’est-ce que tu viens de dire ?

— J’ai dit que le portail restait fermé.

— Tu ne peux pas être sérieuse.

Un nouveau coup de klaxon fendit l’air.

Puis une voix de femme s’éleva depuis l’autre côté.

— Maman !

C’était Lucie.

Isabelle s’approcha de moi, le visage durci.

— Emma, ne m’humilie pas devant ma fille.

— Il ne fallait pas l’inviter à venir vivre chez moi sans me demander mon avis.

— Cette maison appartient aussi à Romain !

— Non.

Romain ferma les yeux.

Isabelle cligna des paupières.

— Pardon ?

— Cette maison n’appartient pas à Romain.

Un silence étrange tomba entre nous.

— Mais qu’est-ce que tu racontes comme absurdités ?

Je rentrai dans le salon.

Isabelle me suivit aussitôt.

— Je te parle !

J’ouvris un tiroir de mon bureau et en sortis un dossier.

Romain savait parfaitement ce qu’il contenait.

C’est pour cela qu’il ne prononça pas un mot.

Je revins sur la terrasse et posai le dossier sur la table.

— Lis.

Isabelle ne le toucha même pas.

— Je n’ai rien à lire.

— Alors je vais t’expliquer. J’ai acheté cette maison avant d’épouser ton fils. Elle est uniquement à mon nom.

Son expression changea.

À peine.

Mais je le vis.

— Ça ne change rien, finit-elle par déclarer. Romain est ton mari.

— Si, ça change énormément de choses quand quelqu’un décide qui peut s’installer ici pendant six mois.

— On parle de sa sœur !

— Et moi, je parle de ma maison.

À cet instant, Lucie klaxonna de nouveau.

Isabelle perdit patience.

— Romain, ouvre ce portail immédiatement !

Mon mari fit un pas.

— Romain, dis-je d’une voix calme, si tu ouvres ce portail pour leur permettre d’entrer leurs affaires alors que je viens de dire clairement que je n’autorise pas leur installation ici, nous aurons un problème bien plus grave qu’une simple dispute familiale.

Il s’arrêta.

Isabelle le regarda, outrée.

— Tu vas vraiment laisser ta femme traiter ta mère de cette façon ?

Romain inspira profondément.

— Maman… tu aurais dû en parler à Emma d’abord.

— Mais tu avais accepté !

— J’ai dit que j’allais lui en parler.

Isabelle resta muette.

C’était nouveau.

— Quoi ?

— J’ai dit que je lui demanderais. Je n’ai jamais dit que tu pouvais annoncer à Lucie qu’elle venait s’installer ici avec toute sa maison.

Le visage d’Isabelle vira au rouge.

— Ne me mens pas !

— Je ne mens pas.

À ce moment-là, quelqu’un se mit à tambouriner contre le portail.

— Maman ! cria Lucie. La voiture est pleine ! Ouvre !

Isabelle pointa un doigt vers moi.

— Tu vas ouvrir ce portail.

— Non.

— Emma…

— Non.

— Mes petits-enfants sont dehors !

— Ils peuvent entrer comme invités. Boire un café avec nous, manger quelque chose, se reposer. Mais les bagages resteront dans la voiture.

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