« Ouvrez le portail ! Lucie va arriver d’une minute à l’autre avec son mari et les enfants ! » ordonna Isabelle, laissant Romain pâlir et Emma figée sur la terrasse

Présomptueux, intolérable contrôle familial, tension prête à éclater.
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— Ouvrez le portail ! Lucie va arriver d’une minute à l’autre avec son mari et les enfants !

La voix de ma belle-mère traversa le jardin avec une autorité si naturelle, si incontestable, que je crus d’abord avoir mal compris.

Je restai figée sur la terrasse, ma tasse de café serrée entre mes deux mains.

— Pardon ?

Isabelle ne prit même pas la peine de tourner la tête vers moi. Plantée près de l’entrée de la maison, son téléphone à la main, elle faisait de grands signes impatients à mon mari.

— Romain, qu’est-ce que tu attends ? lança-t-elle d’un ton sec. Va ouvrir le portail. Ta sœur vient d’appeler, ils seront là dans cinq minutes.

Romain pâlit aussitôt. Et ce fut précisément à son expression que je compris que cette visite n’avait absolument rien d’improvisé.

Il savait quelque chose.

Je reposai lentement ma tasse sur la table.

— Romain.

Mon mari détourna les yeux.

— Emma, on en parlera plus tard.

— Non. On va en parler maintenant. Pourquoi ta sœur vient-elle ici avec son mari et ses enfants ?

Isabelle poussa un soupir théâtral.

— Mon Dieu, Emma, tu ne vas pas transformer chaque détail en drame !

Je me tournai vers elle.

Ma belle-mère n’était chez nous que depuis quatre jours.

Elle était arrivée en expliquant qu’elle devait rester « à peine une semaine », le temps que des travaux soient terminés dans son appartement.

J’avais accepté.

Après tout, c’était la mère de mon mari. Et même si nos rapports n’avaient jamais été particulièrement chaleureux, je n’avais aucune envie de provoquer une querelle inutile.

Sauf que, depuis l’instant où Isabelle avait franchi notre seuil, elle se comportait comme si cette maison lui appartenait.

Le premier jour, elle avait changé toute l’organisation de la vaisselle dans la cuisine.

Le deuxième, elle avait décrété que les rideaux du salon étaient « beaucoup trop sombres » et les avait décrochés sans me demander mon avis.

Le troisième, elle avait invité deux de ses amies à déjeuner, comme si elle recevait chez elle.

Et ce matin-là, elle avait commencé à critiquer notre chambre d’amis, affirmant qu’elle n’était « pas adaptée pour accueillir toute une famille ».

Sur le moment, je n’avais pas saisi ce qu’elle sous-entendait.

À présent, tout devenait limpide.

— Je pose une question très simple, dis-je en articulant chaque mot. Pourquoi Lucie vient-elle ici avec toute sa famille ?

Isabelle glissa son téléphone dans son sac avec un calme agaçant.

— Parce qu’ils vont rester ici.

Pendant quelques secondes, on n’entendit plus que le froissement des feuilles dans le vent.

— Comment ça ?

— Ils vont habiter ici, répéta-t-elle, comme si elle expliquait une évidence à une enfant un peu lente. Lucie, son mari et les deux petits.

Je regardai Romain.

— Pour combien de temps ?

Il passa une main derrière sa nuque, visiblement mal à l’aise.

— Emma…

— Pour combien de temps ? insistai-je.

Ce fut Isabelle qui répondit à sa place.

— Jusqu’à ce qu’ils règlent leurs problèmes.

— Quels problèmes ?

— Ceux liés à leur logement.

Je fronçai les sourcils.

— Qu’est-il arrivé à leur appartement ?

— Ils doivent le quitter avant la fin du mois.

Je jetai un regard vers le portail.

— Mais nous sommes déjà le vingt-cinq.

Isabelle esquissa un sourire.

— Exactement.

Et, à cet instant précis, je compris.

Ils ne venaient pas nous rendre visite.

Ils arrivaient avec leurs affaires.

— Et tu comptes les installer où, exactement ?

Ma belle-mère désigna notre maison des deux mains, comme si la réponse allait de soi.

— Mais ici, bien sûr.

Un petit rire m’échappa.

Pas parce que la situation avait quoi que ce soit d’amusant.

C’était ce rire bref, nerveux, qui surgit quand quelque chose est tellement absurde que le cerveau a besoin de quelques secondes pour l’assimiler.

— Non.

Le sourire d’Isabelle s’effaça aussitôt.

— Comment ça, non ?

— Ils ne vivront pas ici.

— Emma, c’est ma fille !

— Je le sais.

— Elle traverse une période difficile.

— J’en suis désolée.

— Alors je ne vois vraiment pas où est le problème.

— Le problème, c’est que cette maison est aussi la mienne, et que personne ne m’a demandé mon avis.

Isabelle croisa les bras sur sa poitrine.

— C’est également la maison de mon fils.

Je tournai les yeux vers Romain.

Il baissa la tête.

Et ce minuscule mouvement suffit à répondre à une question que je n’avais même pas encore formulée.

— Tu étais au courant.

— Emma, écoute…

— Depuis quand ?

— Maman m’en a parlé il y a quelques jours.

— Il y a quelques jours ?

Isabelle s’empressa d’intervenir.

— N’exagère pas. Ils avaient simplement besoin d’un endroit où se poser quelque temps, et Romain a donné son accord.

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