Puis Arnaud tourna vers moi un regard soudain stupéfait.
— Qu’est-ce que maman t’a raconté exactement ?
Je me raidis aussitôt.
Quelques minutes plus tard, il mit fin à la conversation.
— Qu’est-ce qui se passe ? demandai-je.
Il posa son téléphone sur le lit, l’air encore incrédule.
— Elle a dit à tante Florence que tu avais choisi exprès ces dates de voyage pour m’empêcher d’aller à son anniversaire.
Je le fixai, incapable de répondre tout de suite.
— Sérieusement ?
— Oui.
— Mais nous avons réservé ces vacances quatre mois avant même de connaître la date précise de la fête.
— Justement.
— Et toi, tu lui as dit quoi ?
Un léger sourire passa sur le visage d’Arnaud.
— La vérité.
Nous avons alors compris que Florence n’avait jamais été informée de l’annulation de l’hôtel. Elle ignorait complètement ce que Stéphanie avait fait.
Quand Arnaud lui raconta toute l’histoire, un long silence s’installa à l’autre bout du fil.
Puis Florence prononça une phrase à laquelle aucun de nous deux ne s’attendait :
— Arnaud, tu viendras me voir une autre fois. Et s’il te plaît, pars en vacances avec ta femme. Je n’ai jamais demandé à ta mère d’annuler quoi que ce soit.
Lorsque Stéphanie apprit que Florence savait tout, elle cessa de nous appeler pendant une semaine entière.
Nos vacances, elles, furent merveilleuses.
Le samedi matin, alors que nous patientions devant la porte d’embarquement, Arnaud reçut un message d’Élodie.
C’était une photo de la fête.
On y voyait Stéphanie assise à côté de tante Florence, le visage si fermé qu’on aurait dit que quelqu’un venait de lui faire perdre une fortune.
Sous l’image, Élodie avait écrit :
« Maman vient d’expliquer pour la troisième fois pourquoi vous n’êtes pas là. À chaque version, l’histoire change. »
Je ne pus m’empêcher d’éclater de rire.
Arnaud rangea son téléphone dans sa poche.
— Tu sais ce qu’il y a de plus drôle dans tout ça ?
— Non, quoi ?
— Avant cette histoire, j’avais vraiment envisagé de modifier notre voyage pour pouvoir assister à l’anniversaire.
Je le regardai, surprise.
— Tu plaisantes ?
— Pas du tout. Je voulais t’en parler ce soir-là.
— Et maintenant ?
Il leva les yeux vers la porte d’embarquement.
— Maintenant, je crois que ma mère vient de m’apprendre une leçon très utile.
— Laquelle ?
Il sourit doucement.
— Quand on veut que quelqu’un fasse quelque chose pour nous, il vaut mieux le lui demander que décider à sa place.
Deux semaines plus tard, Stéphanie repassa chez nous.
Elle ne parla pas du voyage.
Elle ne présenta aucune excuse.
Mais avant de partir, elle déposa une enveloppe sur la table.
À l’intérieur, il y avait quatre cent quatre-vingts euros.
Avec un petit mot :
« Au cas où l’hôtel aurait finalement facturé les frais d’annulation. »
L’hôtel n’avait rien prélevé du tout.
Arnaud voulut lui rendre l’argent.
Je secouai la tête.
— Attends.
— Attendre quoi ?
Je souris et glissai l’enveloppe dans un tiroir.
— La prochaine fois que quelqu’un décidera d’annuler nos vacances sans nous consulter, au moins, nous aurons déjà un fonds d’urgence.
Arnaud essaya de retenir son rire.
Il n’y parvint pas.
Et à partir de ce jour-là, nous avons changé une autre habitude.
Les confirmations de réservation, les billets et les documents de voyage ne restaient plus jamais en évidence sur la table lorsque Stéphanie venait nous rendre visite.
Parce que nous avions compris une chose : certaines personnes confondent le fait de « faire partie de la famille » avec le droit de prendre des décisions à la place des autres.
Et parfois, la seule manière de leur faire saisir la différence, c’est de ne pas bouleverser ses propres projets simplement parce qu’elles ont tenté de les bouleverser pour nous.
