« J’ai annulé votre voyage. » déclara ma belle-mère d’un calme implacable, laissant le couple sidéré

Quelle audace indigne, une trahison si froide.
Histoires

— Mais Florence n’y est pour rien !

— Dans ce cas, il ne fallait pas la mêler à tout ça.

Stéphanie pointa brusquement le doigt vers moi.

— C’est elle qui te met ces idées dans la tête.

— Non, répondit Arnaud.

— Bien sûr que si.

— Maman, regarde-moi.

Elle obéit, malgré elle.

— Moi aussi, je suis en colère.

Stéphanie resta muette.

Arnaud composa alors le numéro de l’hôtel. Dans le silence tendu de la pièce, j’entendis distinctement la tonalité. Une femme décrocha. Avec calme, sans entrer dans des explications inutiles, Arnaud exposa la situation. Il donna nos noms, le numéro de réservation, puis la date prévue de notre arrivée.

Il attendit.

Soudain, son visage changea.

— Oui… je comprends.

Il y eut un court blanc.

— Vraiment ?

Il tourna les yeux vers moi.

— Merci beaucoup. Oui, je vous en prie.

Environ une minute plus tard, il raccrocha.

— Alors ? demandai-je, le souffle retenu.

Pour la première fois depuis le début de cette conversation, Arnaud sourit.

— La chambre n’a pas encore été attribuée à quelqu’un d’autre.

Un immense soulagement me traversa.

— Ils peuvent remettre la réservation en place ?

— Oui.

Stéphanie fronça aussitôt les sourcils.

— Comment ça, la remettre en place ?

Arnaud posa mon téléphone sur la table.

— Ils l’ont réactivée.

— Mais…

— Nous partons samedi.

L’expression de Stéphanie se transforma complètement.

— Arnaud, tu ne peux pas me faire ça.

— Te faire quoi, exactement ?

— Tout le monde compte sur ta présence !

— Alors tu leur expliqueras que j’avais déjà quelque chose de prévu.

— Ils vont demander pourquoi tu ne viens pas !

Au moment même où elle prononça ces mots, quelque chose me sauta aux yeux.

— Attendez une seconde.

Elle se tourna vers moi.

— Quoi ?

— Vous leur aviez déjà dit que nous serions là ?

Stéphanie ne répondit pas.

Arnaud plissa les yeux.

— Maman.

— Eh bien…

— Tu leur as confirmé notre présence avant même de nous en parler ?

— Florence préparait le plan de table. Elle devait savoir combien de personnes seraient présentes.

— Donc tu as répondu pour nous ?

— J’ai dit que vous viendriez.

Arnaud eut un rire bref, sans aucune joie.

— C’est incroyable.

— Parce que je pensais que tu finirais par revenir à la raison !

— Non. Tu t’es dit que si tu décidais de tout avant de me demander mon avis, je n’aurais plus qu’à obéir.

— Ne me parle pas sur ce ton.

— C’est pourtant exactement ce que tu as fait.

Stéphanie attrapa son sac d’un geste sec.

— Très bien. Partez, puisque c’est ce que vous voulez. Amusez-vous bien. Et moi, je me débrouillerai pour me justifier devant toute la famille.

Je m’appuyai contre la table.

— Vous pouvez toujours leur dire la vérité.

Elle pivota vers moi.

— Quelle vérité ?

— Que vous avez confirmé notre présence sans nous consulter, puis que vous avez annulé notre réservation pour nous forcer à venir.

Son visage se ferma.

— N’essaie même pas de raconter ça à qui que ce soit.

— Je n’ai rien besoin de raconter.

Je regardai Arnaud.

— Mais si quelqu’un me demande pourquoi nous ne sommes pas là, je ne mentirai pas.

Stéphanie ouvrit la bouche.

Aucun mot n’en sortit.

Cinq minutes plus tard, elle quittait l’appartement sans avoir touché à son café.

J’ai cru que l’histoire s’arrêtait là.

Je me trompais.

Le vendredi soir, Arnaud reçut un appel de sa tante Florence. Je venais tout juste de terminer les valises lorsqu’il entra dans la chambre, son téléphone collé à l’oreille.

— Oui, tante Florence… je sais.

Il marqua une pause.

— Non, nous n’avons pas changé d’avis.

Un nouveau silence tomba.

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