— Il s’agit de l’anniversaire de Florence !
— Et alors ?
Les yeux de Stéphanie s’agrandirent, comme si je venais de dire une énormité.
— Comment ça, « et alors » ? On ne fête ses soixante ans qu’une seule fois dans sa vie !
— Et nous, nous avons réservé ce séjour il y a quatre mois.
— Vous pourrez partir une autre fois.
Arnaud secoua lentement la tête.
— Non, maman. Ce n’est pas possible.
— Bien sûr que si.
— J’ai posé ces congés il y a trois mois.
— Alors tu en poseras d’autres.
— Ça ne fonctionne pas comme ça.
Stéphanie tapota doucement la table du bout des doigts.
— Arnaud, la famille devrait passer avant un hôtel.
— La famille devrait aussi respecter nos choix.
Elle le fixa comme s’il venait de la trahir.
— Tu parles comme elle, maintenant ?
Je sentis une bouffée de chaleur me monter au visage.
— Ne me mêlez pas à ça.
— Depuis que tu es avec Catherine, tout n’est plus que « nos projets », « notre temps », « nos décisions ».
— Parce que nous sommes mariés, répondit Arnaud. C’est normal.
Stéphanie se leva brusquement.
— Et ta tante ? Elle ne compte plus pour toi ?
— Bien sûr que si.
— Alors tu dois être présent.
— Non. C’est à moi de décider si je veux y aller ou non.
Stéphanie ouvrit la bouche, mais Arnaud ne lui laissa pas le temps de répondre.
— Si j’ai déjà un voyage réservé, tu peux me demander. Tu peux m’appeler. Tu peux nous dire que tu aimerais qu’on change nos plans.
Il désigna mon téléphone.
— Mais tu n’as pas le droit d’annuler notre réservation derrière notre dos.
Stéphanie croisa les bras sur sa poitrine.
— Je savais que vous refuseriez.
— Exactement, dis-je.
Elle tourna la tête vers moi.
— Pardon ?
— Vous venez d’expliquer vous-même pourquoi vous l’avez fait. Vous saviez qu’on dirait non, alors vous avez décidé de nous retirer la possibilité de choisir.
Stéphanie resta muette.
— Ce n’est pas prendre soin de sa famille, continuai-je. C’est essayer de reprendre le contrôle sur nos décisions.
— Quel mot affreux !
— Mais il est juste.
Arnaud passa une main sur son visage, l’air épuisé.
— Est-ce qu’on a été remboursés ?
Stéphanie cligna des yeux.
— Quoi ?
— Le prix de l’hôtel.
— J’imagine que oui.
Je regardai Arnaud.
— Non.
Ils se tournèrent tous les deux vers moi.
J’ouvris les conditions d’annulation sur l’écran et les relus une seconde fois pour être certaine de ne pas me tromper.
— L’annulation gratuite a expiré il y a trois jours.
Arnaud s’approcha.
— Combien est-ce qu’on perd ?
Je lui tendis le téléphone pour qu’il voie lui-même.
— Quatre cent quatre-vingts euros.
Un silence lourd tomba sur la cuisine.
Stéphanie pâlit légèrement.
— Ce n’est pas possible.
— C’est écrit là.
— Je suis sûre que si vous les appelez et que vous expliquez…
— Qu’est-ce qu’on est censés expliquer ? demandai-je. Que ma belle-mère a retrouvé notre réservation et l’a annulée sans notre accord ?
— Tu n’es pas obligée de le présenter comme ça.
Je la dévisageai, incrédule.
— Et comment voulez-vous que je le présente ?
Arnaud tendit la main.
— Donne-moi le téléphone.
Je le lui remis.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— J’appelle l’hôtel.
Stéphanie fit un pas vers lui.
— Arnaud, ne sois pas ridicule. C’est annulé, maintenant. Vous viendrez à l’anniversaire de Florence, point final.
Arnaud leva les yeux vers elle.
— Non.
— Quoi ?
— Même si on n’arrive pas à récupérer la chambre, nous n’irons pas à cet anniversaire.
Stéphanie se figea.
— Tu me punis ?
— Non. Je te fais simplement comprendre qu’annuler nos projets ne signifie pas que nous allons automatiquement faire ce que tu veux.
