— J’ai annulé votre voyage. Arnaud doit être présent à l’anniversaire de sa tante, déclara ma belle-mère avec un calme si parfait que, pendant quelques secondes, je crus à une mauvaise plaisanterie.
Je cessai de verser le café.
— Pardon ? Qu’est-ce que vous venez de dire ?
Stéphanie prit un biscuit dans l’assiette, puis s’installa plus confortablement contre le dossier de sa chaise.
— J’ai dit que j’avais annulé votre séjour. Samedi, c’est le soixantième anniversaire de tante Florence, et Arnaud doit y aller.

Je tournai les yeux vers mon mari. Arnaud se tenait près du plan de travail, une bouteille d’eau à la main. À son visage, je compris qu’il avait entendu exactement la même chose que moi.
Lentement, je sortis mon téléphone de ma poche.
— Attendez une seconde. Vous êtes en train de dire que vous avez annulé notre réservation sans nous prévenir ?
Stéphanie fronça les sourcils.
— Ne prends pas cet air-là. Je l’ai fait pour votre bien.
— Pour notre bien ?
— Oui. Parce que ces derniers temps, vous ne pensez qu’à vous.
Nous étions jeudi après-midi.
Notre départ était prévu le samedi matin.
Cela faisait presque quatre mois que nous organisions ce séjour : cinq nuits dans un petit hôtel en bord de mer. Rien d’extravagant, aucun luxe démesuré. Juste quelques jours loin du travail, des obligations familiales et des interminables visites du dimanche.
Arnaud n’avait pas pris plus de deux jours de congé d’affilée depuis près d’un an.
De mon côté, j’avais remanié deux fois mes dates de vacances au bureau pour réussir à les faire coïncider avec les siennes.
L’hôtel était payé.
Les billets étaient achetés.
Nous avions même réservé une voiture.
Et voilà que ma belle-mère se trouvait dans notre cuisine, tranquillement assise, à nous annoncer qu’elle avait supprimé notre voyage.
J’inspirai profondément.
— Stéphanie, qu’avez-vous annulé exactement ?
Elle fit un geste vague de la main.
— L’hôtel.
Un froid brutal me traversa.
— Notre hôtel ?
— Oui.
Arnaud posa la bouteille sur le comptoir.
— Maman, comment est-ce que tu as pu annuler notre réservation ?
— Inutile de me parler sur ce ton.
— Je te demande comment tu t’y es prise.
Stéphanie soupira.
— J’avais les informations nécessaires.
— Quelles informations ?
— Les détails de la réservation.
Je la fixai, immobile.
Puis un souvenir me revint.
Deux semaines plus tôt, Stéphanie était passée chez nous pendant que j’imprimais les documents du voyage.
La confirmation de l’hôtel était restée sur la table de la salle à manger.
À peine quelques minutes.
Mais visiblement, cela avait suffi.
J’ouvris ma boîte mail sur mon téléphone.
Je tapai le nom de l’hôtel dans la barre de recherche.
Et le message était là.
Reçu le matin même.
« Votre réservation a bien été annulée. »
Mon cœur se mit à battre plus vite.
— Ce n’est pas possible…
Arnaud s’approcha aussitôt.
— Fais voir.
Je lui tendis l’écran.
Son expression changea d’un coup.
— Maman.
Stéphanie haussa les épaules.
— Quoi ?
— Tu as vraiment appelé l’hôtel pour annuler notre chambre ?
— Je viens de te dire que oui.
— En te faisant passer pour l’un de nous ?
Pour la première fois, Stéphanie sembla légèrement mal à l’aise.
— Je n’ai pas eu besoin de me faire passer pour qui que ce soit. J’avais le numéro de réservation et le nom de famille.
— Ce n’est pas une réponse à ma question, dis-je.
Elle me lança un regard agacé.
— Catherine, ne transforme pas ça en drame.
Un rire bref m’échappa, sec et incrédule.
— Vous annulez nos vacances en cachette, et c’est moi qui dramatise ?
