« Je vais te régler ton compte » dit-il en serrant les mâchoires

Cette arrogance menaçante est profondément révoltante et triste.
Histoires

— Elle est à son nom, et le terrain aussi. Tu le sais très bien. Toc, toc.

Julien se figea. Son regard se mit à fuir dans tous les sens, avant de se rallumer d’une colère mauvaise.

— Et alors ? On changera les papiers ! Je prouverai que j’ai mis de l’argent dedans !

— Avec quoi ? Un pot de peinture et un chat abîmé ?

— Toi !… souffla-t-il, suffoqué. Tu as toujours été rusée ! Tu as tout gardé pour toi, tout fait inscrire à ta famille, et moi, je passe pour l’idiot !

— Sur un point, je te rejoins, dit Alice Joly en hochant la tête. Pas sur le “tout gardé pour toi”. Sur le “idiot”.

— Qu’est-ce que tu viens de dire ?

— Que tu n’as jamais rien mis à ton nom et que, maintenant, tu t’indignes de n’avoir rien à partager. C’est comme débarquer au mariage de quelqu’un d’autre et se vexer parce qu’on ne t’a pas servi de gâteau.

Julien se pencha au-dessus de la table, les poings appuyés sur le plateau.

— Je te préviens. Gentiment. Tu me laisses la maison de campagne, la bagnole, et on se sépare sans bruit.

— Et si je refuse gentiment ? demanda Alice, les sourcils levés avec une curiosité presque sincère. Tu vas faire quoi ? Me souffler dessus d’un air menaçant ?

— Je vais te démolir la vie !

— Julien, en deux ans, tu n’as même pas réussi à poser une tringle à rideaux dans la chambre. Alors ma vie, franchement… tu comptes casser quoi ?

Il ouvrit la bouche, prêt à lancer une phrase écrasante, mais la sonnette retentit.

Sur le palier se tenait Martine Roussel, la mère de Julien. Elle retira son imperméable, l’accrocha sans demander la permission, puis entra dans la cuisine avec l’assurance de quelqu’un qui ne venait pas rendre visite, mais régler une affaire.

— Je vous entendais déjà depuis le hall, dit-elle d’un ton égal. Vous hurlez assez fort pour tout l’immeuble.

— Ce n’est pas moi qui hurle, c’est elle qui me pousse à bout ! lâcha aussitôt Julien. Maman, dis-lui ! Dis-lui que j’ai des droits !

Martine s’assit lentement, regarda son fils, puis Alice.

— Des droits sur quoi, mon garçon ? demanda-t-elle calmement. Énumère.

— Sur la voiture ! Sur la maison ! Je suis son mari, je suis le chef de famille !

— Le chef de famille, répéta Martine avec un imperceptible mouvement de tête. Très bien. Alors laisse-moi te rappeler une chose.

— Maman, ne recommence pas avec tes vieilles histoires…

— Tais-toi, coupa-t-elle, la voix devenue dure. Quand ton père et moi avons divorcé, il a tout pris. Tu m’entends ? Tout. La voiture, l’appartement, les économies. Et sur le papier, il était dans son droit, parce que tout était réellement à lui.

— Justement, moi aussi…

— Toi, c’est l’inverse, répliqua Martine en le fixant. Tu n’as pas le moindre document. Rien. Et tu es là, à réclamer ce qui appartient aux autres. Ce n’est pas un droit, Julien. C’est de l’arrogance.

— Mais tu es du côté de qui, à la fin ? explosa-t-il.

— Du côté de ce qui est juste, trancha Martine. Et aujourd’hui, ce n’est pas ton côté.

Alice se leva sans bruit, mit la bouilloire en marche et sortit une troisième tasse.

— Madame Roussel, vous préférez citron ou menthe ?

— Menthe, Alice, merci.

— Vous allez vraiment boire le thé ici ? s’étrangla Julien, fou de rage. Vous vous êtes liguées contre moi !

— Personne n’a monté de complot.

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