« Je vais te régler ton compte » dit-il en serrant les mâchoires

Cette arrogance menaçante est profondément révoltante et triste.
Histoires

Alice Joly entourait sa tasse de ses deux mains pour y réchauffer ses doigts. Elle observait Julien Dumont avec un calme presque tendre.

— C’est bien que tu aies lancé le sujet toi-même, dit-elle d’une voix basse. Je pensais devoir m’en charger.

— Lancer quoi ? ricana-t-il, affalé sur sa chaise. Tu te rends compte, au moins, que sans moi tu ne garderas rien ?

— Explique-moi donc. Je t’écoute avec la plus grande attention.

— Qu’est-ce qu’il y a à expliquer ? Julien claqua des doigts comme s’il appelait un serveur. La voiture est à moi. La maison de campagne est à moi. Et le chien, je l’emmène aussi, histoire que tu ne passes pas tes soirées à geindre ici.

Alice prit une petite gorgée, puis reposa la tasse avec une délicatesse extrême, comme si elle craignait de réveiller un enfant.

— Rex, soit dit en passant, ne vient vers toi que lorsque tu tiens du saucisson, fit-elle remarquer. Mais ce sont des détails. Continue.

— Des détails ? Je suis très sérieux. Si tu fais la maligne, tu sortiras de cet appartement avec tes seules pantoufles, c’est clair ?

— Julien, répondit-elle avec un léger sourire au coin des lèvres, tu souffles d’un air si menaçant que le chat des voisins doit déjà s’être caché sous le canapé.

— Tu te moques de moi ?!

— Pas du tout. Je savoure simplement la représentation.

Il se pencha vers elle, et sa voix monta peu à peu jusqu’à prendre des accents aigus.

— Alice, visiblement, tu ne comprends pas bien. Je vais te régler ton compte. Avocats, dossiers, plaintes, tout ce qu’il faut. Je te laisserai sur la paille.

— Sur la paille ? C’est une destination ? Un tour du monde ? Alice inclina la tête. Tentant, mais j’avais prévu quelque chose de plus modeste.

— Toujours tes plaisanteries ! cria-t-il en abattant sa paume sur la table. Je te parle de ta vie, et toi, tu rigoles !

— Je ne rigole pas. Je souris.

Julien serra les mâchoires. Puis il reprit, lentement, en détachant chaque mot, comme s’il lui enseignait les règles d’un jeu.

— Écoute-moi bien. Je récupérerai tout ce qui a été acquis. Légalement. Tu saisis ? Lé-ga-le-ment.

— Je saisis, acquiesça Alice. La loi est une excellente chose. Surtout quand on prend la peine de la lire jusqu’au bout.

— Ça veut dire quoi, ça ?

— Que j’ai encore de la patience avec toi. Pour l’instant.

Julien se mit à tourner dans la cuisine, brassant l’air de ses mains, persuadé d’être irrésistiblement convaincant.

— La voiture, qui l’a prise ? Moi. Qui l’a utilisée avec son argent, qui a payé l’essence, qui l’a conduite au garage ? Moi. Donc elle est à moi.

— Tu l’as conduite, oui, admit Alice. Mais tu veux que je te rappelle au nom de qui elle est enregistrée ?

— On s’en fiche, du nom sur les papiers ! Ce qui compte, c’est celui qui s’en sert !

— Quelle logique admirable. Alice s’adossa à sa chaise. J’utilise l’ascenseur tous les jours. Je vais donc le démonter et le ramener chez moi.

— Arrête ton cirque ! rugit-il. Et la maison de campagne, elle est à qui ? J’y ai repeint la clôture !

— Une fois. Il y a trois ans. Et, au passage, tu avais aussi repeint le chat ce jour-là.

— Encore ce chat ! Qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans ?

— Le chat n’y est pour rien, concéda-t-elle doucement. Mais la clôture comme la maison appartiennent à ma mère, Julien. Quant à la voiture, son immatriculation ne te donne pas vraiment le beau rôle.

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