Julie se pencha vers sa mère et lui glissa quelques mots à l’oreille. Nathalie, aussitôt, se recula légèrement.
La juge examina les pièces une à une : les tickets de caisse, le contrat de pose des fenêtres, les factures, puis les photos de l’appartement avant et après les travaux, que Sophie avait retrouvées dans son téléphone.
Julie finit par craquer :
— Madame la juge, elle a habité là gratuitement. Les travaux, c’était simplement sa contribution pour le logement.
La magistrate leva les yeux vers elle.
— Êtes-vous propriétaire de cet appartement ?
— Non, mais…
— Dans ce cas, votre avis n’a pas de valeur sur le fond du litige.
Julie se tut. Pour la première fois, du moins dans le souvenir de Sophie.
Le tribunal donna partiellement raison à Sophie. Le montant retenu fut de 3 100 €. La juge écarta les petites réparations ainsi que le mitigeur, faute d’accord distinct permettant de les considérer comme des améliorations indemnisables. En revanche, les canalisations, les fenêtres, le lave-linge et le papier peint furent acceptés.
Nathalie devait verser ces 3 100 € dans un délai de trois mois.
Pourtant, ce n’est pas au tribunal que l’histoire trouva sa fin.
Elle s’acheva au service d’état civil.
En novembre, Sophie et Hugo se présentèrent pour récupérer le document officialisant leur divorce. La démarche était banale : se rendre au guichet, montrer ses papiers d’identité, signer, puis repartir avec son exemplaire.
Hugo était à côté d’elle. Silencieux. Les mains enfoncées dans les poches de sa veste.
Sophie signa la première. Son geste fut net, posé, sans tremblement. Elle prit son document.
Hugo signa à son tour et récupéra le sien.
Ils sortirent sur le perron. Novembre était froid ; les arbres avaient déjà perdu leurs feuilles. Sophie rangea le papier dans son sac.
— Tu diras à Julie, lança-t-elle, que la profiteuse est partie. Officiellement.
Hugo ne répondit pas. Il se contenta d’un signe de tête.
Il resta là, devant le bâtiment, pendant que Sophie rejoignait l’arrêt, montait dans le bus et disparaissait au bout de la rue.
Les deux premières semaines, Camille demanda tous les soirs des nouvelles de son père. Ensuite, ce fut un jour sur deux. Puis seulement une fois par semaine. Sophie lui répondait toujours de la même manière :
— Papa t’aime. Vous continuerez à vous voir.
Hugo venait chercher Camille le samedi. Il la ramenait à dix-huit heures. La pension alimentaire arrivait sur la carte de Sophie le vingt-cinq de chaque mois.
Nathalie régla 1 500 € en décembre. Les 1 600 € restants furent virés en février, juste avant l’expiration du délai.
Julie, elle, n’appela jamais. Ni pour présenter des excuses, ni pour lancer une nouvelle dispute. Elle disparut simplement.
Sophie ne ressentit aucun manque.
En mars, exactement un an après le jour où Nathalie avait annoncé la vente de l’appartement, Sophie versa l’apport pour un deux-pièces dans un immeuble neuf. Il y avait les 3 100 € obtenus grâce au jugement, les 2 700 € de son épargne, et un prêt immobilier sur quinze ans.
L’appartement se trouvait au quatrième étage, avec un balcon exposé au sud. Camille courait d’une pièce vide à l’autre en criant :
— Maman, ça résonne ici !
Sophie, elle, resta près de la fenêtre. Dans sa main, elle tenait le compromis de vente. À son nom. Uniquement au sien.
Elle pensa qu’il faudrait acheter un lave-linge.
Et que, cette fois, elle n’aurait pas besoin de garder le ticket.
Si quelqu’un, en lisant cette histoire, vit dans un logement qui ne lui appartient pas et y investit son argent, il y a une chose essentielle à retenir.
Conservez les justificatifs. Pas parce que vous vous préparez à une guerre, mais parce que la vie change parfois sans prévenir. Un simple reçu de 30 € pour un mitigeur peut, un jour, devenir une pièce dans un dossier.
Prenez des photos avant les travaux, puis après. Gardez des copies en ligne. Si vous payez par virement, indiquez clairement l’objet : « paiement pose de fenêtres selon contrat », et non un vague « virement ».
Et si quelqu’un vous traite de profiteuse, inutile de vous épuiser à répondre.
Il faut simplement faire les comptes.
