« Tu vas quand même pas compter la soupe à ton propre mari ? » lança Amandine, laissant Julie figée devant le frigo vide

Cet envahissement impudique est profondément scandaleux et révoltant
Histoires

— Sale garce, articula Sébastien entre ses dents.

Julie se tourna lentement vers son mari.

— Demain, vous partez. Tous les deux.

La phrase tomba dans la pièce avec un poids de pierre.

Sébastien cessa de s’occuper de sa saucisse dans la poêle.

— Pour aller où ?

— Chez ta mère. Au bout du monde. Où vous voudrez. Ça m’est égal.

— Je vis ici, moi ! hurla-t-il.

— Tu y es déclaré à titre provisoire, corrigea Julie d’un ton glacial. J’ai déposé aujourd’hui une demande pour mettre fin à cette domiciliation. Motif : fin de la vie commune. Et demain, je lance la procédure de divorce.

Amandine lâcha ses nouilles. Les petits morceaux secs se répandirent sur la table.

— Comment ça, divorce ? Et moi, alors ?

Julie eut un rire bref, sans la moindre joie. Un rire né de l’épuisement, devant une bêtise trop énorme pour être réelle.

— Toi, je ne t’ai jamais adoptée. Donc tu prends tes affaires, et dehors.

— On ne bougera pas d’ici ! Sébastien envoya la pince chauffante sur la table avec fracas. Cet appartement est aussi chez moi ! J’ai fait des travaux !

— Tu as recollé trois lés de papier peint dans le couloir. Si tu y tiens tant, arrache-les et emporte-les.

Sans ajouter un mot, elle tourna les talons et gagna la chambre.

Le jeudi soir, Julie rentra plus tôt que d’habitude. L’appartement était plongé dans un silence inhabituel.

Elle passa dans le salon.

Deux sacs de voyage étaient posés sur le sol, accompagnés de trois grands sacs-poubelle noirs.

Amandine se tenait sur le canapé, emmitouflée dans sa doudoune et coiffée d’un bonnet. Ses yeux étaient rouges, son visage gonflé de larmes.

Sébastien fumait sur le balcon.

Julie alluma la lumière.

— Parfait. Vous avez eu le temps de tout préparer avant mon retour.

Sébastien revint à l’intérieur et souffla sa fumée directement dans la pièce.

— On s’en va. Mais tu vas nous rendre l’argent. Pour les charges. Et pour les travaux.

— Bien sûr, répondit Julie en hochant la tête. Je te fais un virement dès que tu m’auras remboursé la moitié des mensualités du prêt immobilier payées pendant nos trois années de mariage. Ça fait quinze mille euros. On sort la calculatrice ?

La mâchoire de Sébastien se contracta. Ses muscles tressautaient sous la peau.

— Étouffe-toi avec ton appartement, espèce de pourriture.

Il attrapa un sac. Amandine se leva et passa son sac à dos sur une épaule.

Julie s’avança jusqu’à l’entrée du salon et se planta dans le passage.

Son regard détailla Amandine : sa doudoune toute neuve, ses bottes en cuir véritable, son cabas d’une marque connue.

Puis les yeux de Julie s’arrêtèrent sur la manche de la doudoune.

— Enlève ton manteau.

Amandine se figea.

— Quoi ?

— Tu as très bien entendu. Retire cette doudoune. Et ouvre ton sac à dos.

Sébastien lâcha brutalement son sac.

— Tu es complètement folle ? Il fait moins deux dehors !

Julie ne le regardait même pas. Toute son attention restait fixée sur Amandine.

— Cette veste a été achetée en septembre avec ma prime. C’était un cadeau pour “t’encourager dans tes recherches d’emploi”. Tu n’as trouvé aucun travail. Le cadeau est donc annulé.

— Julie, je t’en supplie ! Amandine se plaqua contre le mur. Je vais geler ! Je n’ai rien d’autre pour l’hiver ! Maman a tout jeté pendant son déménagement !

— Ce n’est pas mon problème. Enlève-la.

Amandine tourna vers son frère un regard affolé, comme si elle espérait encore qu’il la protège.

Mais Sébastien se taisait. Il fixait simplement le sol.

— Sébastien, dis quelque chose ! sanglota-t-elle.

Julie fit un pas vers elle.

— Soit la doudoune reste ici, soit j’appelle la police tout de suite et je déclare un vol. Tu as pris ma crème à soixante-dix euros. Les tickets sont en ma possession. On ira au commissariat expliquer si c’est Martine André qui s’en tartinait les mains ou non.

Des larmes coulèrent sur les joues de sa belle-sœur. Ses doigts tremblaient lorsqu’elle descendit la fermeture éclair.

La doudoune glissa au sol. En dessous, Amandine ne portait qu’un pull fin.

Julie repoussa le vêtement du bout du pied vers le canapé.

— Maintenant, la sortie est par là.

Ils gagnèrent le couloir. Sébastien traînait les sacs derrière lui. Amandine avançait en simple pull, les bras croisés contre sa poitrine pour tenter de se réchauffer.

Julie resta sur le seuil et les observa attendre l’ascenseur.

Les portes s’ouvrirent. Sébastien entra le premier. Amandine se retourna une dernière fois. Ses lèvres tremblaient.

— Tu es un monstre, souffla-t-elle avec haine.

Julie ne répondit pas. Elle appuya simplement sur le bouton de fermeture depuis le palier. La serrure lourde claqua.

Elle retourna dans la cuisine.

Dans l’appartement régnait un calme parfait, presque sonore.

Plus aucune odeur de transpiration étrangère. Plus d’oignon frit. Plus cette présence qui n’était pas la sienne.

Julie sortit de sa poche une petite clé. Elle ouvrit le cadenas suspendu au grand réfrigérateur blanc.

À l’intérieur, tout était propre.

Elle sourit.

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