« Tu vas quand même pas compter la soupe à ton propre mari ? » lança Amandine, laissant Julie figée devant le frigo vide

Cet envahissement impudique est profondément scandaleux et révoltant
Histoires

— Tu es sa femme, oui ou non ?

— Je suis le mécène, Sébastien. Sauf que ma grande opération de générosité vient officiellement de prendre fin.

Il lâcha une insulte grossière, puis claqua la porte d’entrée si fort que les murs en vibrèrent. Une heure plus tard, il revint avec deux kebabs roulés dans du papier et une canette de soda. Amandine l’accueillit dans le couloir avec un petit cri ravi. À Julie, ni l’un ni l’autre ne proposa la moindre bouchée.

Cela lui était parfaitement égal.

Le lendemain, c’était samedi. Dans la matinée, une clé qui n’était pas la sienne tourna dans la serrure.

La porte s’ouvrit dans un léger grincement. Julie était encore allongée dans son lit. Elle entendit aussitôt des pas dans l’entrée : lourds, traînants, parfaitement reconnaissables.

Martine André. Sa belle-mère.

— Sébastien ! Ma petite Amandine ! J’ai apporté des crêpes ! lança une voix sonore depuis le couloir.

Julie enfila son peignoir à la hâte et sortit de la chambre.

Martine André retirait déjà ses bottes avec l’assurance de quelqu’un qui se croit chez soi. Elle tenait un récipient en plastique contre elle.

— Ah, tu dors encore, Julie ? Il est onze heures, quand même.

— C’est mon jour de repos.

La belle-mère pinça les lèvres, mécontente.

— Une épouse correcte prépare le petit déjeuner à son mari au lieu de se prélasser au lit. Il est où, mon fils ?

Amandine apparut dans l’embrasure du salon, les cheveux en bataille et le visage froissé de sommeil.

— Maman, hier, elle nous a laissés crever de faim. Elle a fait une scène pour une histoire de soupe.

Martine André ouvrit de grands yeux outrés avant de se tourner vers Julie.

— Tu as perdu la tête ? Affamer une enfant, maintenant ?

— L’enfant a vingt-quatre ans, répondit Julie d’un ton plat. Et elle mange comme un déménageur.

— Comment oses-tu parler ainsi ! s’indigna la belle-mère en avançant vers elle.

Julie ne recula pas d’un centimètre.

— La clé. Sur la table.

Martine André s’immobilisa.

— Pardon ?

— La clé de mon appartement. Posez-la sur le meuble de l’entrée.

La belle-mère échangea un regard avec sa fille.

— Je ne poserai rien du tout. Cet appartement est celui de mon fils.

— Il a été acheté avant le mariage, avec mon argent. Votre fils n’a aucun droit dessus. La clé, sur le meuble.

Martine André jeta le trousseau sur la surface en bois. Le bruit métallique claqua dans le couloir.

— Mon Dieu, refuser un morceau de pain à sa propre famille ! Pauvre Sébastien. Il a vraiment épousé une femme sèche et avare.

Puis elle fila vers la cuisine. Amandine se précipita derrière elle. Depuis l’entrée, Julie percevait leurs chuchotements indignés.

Une heure plus tard, Martine André repartit enfin.

Julie entra dans la salle de bains pour se rafraîchir le visage. Ses pots et flacons étaient alignés sur l’étagère, comme d’habitude. Mais il en manquait un. Sa crème de nuit à soixante-dix euros avait disparu.

Elle revint dans le couloir.

— Amandine. Où est passée ma crème ?

Amandine ne leva même pas les yeux de son téléphone.

— J’en sais rien. Maman a pris un truc pour se mettre sur les mains. Elle avait la peau sèche.

— Sur les mains ? Avec ma crème anti-âge au rétinol ?

— Oh, ça va, quelle importance ? Tu vas pas pleurnicher pour un petit pot. T’en rachèteras une autre, avec ton gros salaire.

Julie ne répondit pas. Elle retourna dans sa chambre, s’habilla, attrapa son sac.

Elle devait aller dans un magasin de bricolage.

Il y en avait un à quinze minutes à pied. Le temps était infect. Le vent de novembre s’infiltrait sous sa veste et lui mordait la peau. Julie marcha vite, sans ralentir.

Dans l’hypermarché, elle prit un chariot et se dirigea directement vers le rayon quincaillerie. Elle choisit deux solides plaques d’acier avec œillets, un paquet de vis autoperceuses pour métal, une colle époxy très puissante et un cadenas.

Le cadenas était lourd, massif, avec une molette à code. Le genre d’objet qu’on n’ouvre pas sans meuleuse.

Ensuite, elle passa dans un magasin d’électroménager. Elle y acheta un petit réfrigérateur, à peine plus grand qu’une table de chevet, et demanda une livraison express.

Julie rentra chez elle vers quinze heures.

L’appartement était vide. Amandine était sortie se promener. Sébastien, lui, traînait au garage avec ses amis.

Julie se mit immédiatement au travail.

Elle sortit sa visseuse. La sienne. Elle présenta les plaques d’acier contre les portes du grand réfrigérateur blanc Bosch qui trônait dans la cuisine.

Visser dans la carcasse du frigo n’avait rien de simple. Le métal résistait, les vis dérapaient, ses poignets chauffaient. Mais la colère lui donnait une énergie froide et précise.

Au bout d’une demi-heure, deux attaches robustes étaient fixées sur la porte. Julie passa l’anse du cadenas dans les œillets, referma le mécanisme d’un clic sec, puis tira dessus. Rien ne bougea. C’était verrouillé pour de bon.

Après cela, elle vida les placards de la cuisine. Paquets de riz, pâtes, céréales, boîtes de conserve : tout fut transporté dans sa chambre. Sur la porte de cette même chambre, elle installa une serrure classique à clé. Comparé au réfrigérateur, ce fut presque facile.

À dix-sept heures, les livreurs apportèrent le mini-frigo. Julie le fit placer près de son lit, puis le brancha.

Une fois cela terminé, elle ouvrit l’application d’une épicerie fine et passa commande.

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