Bref, impossible de souffler une minute. Xavier Sanchez a besoin de récupérer. Il se tue au travail, il fait vivre sa famille. Pour ses vacances, il lui faut des adultes avec qui parler, pas courir derrière un gamin sur le sable du matin au soir.
Isabelle Dupont posa lentement les yeux sur sa belle-mère, puis sur son mari. Xavier se tenait un peu voûté, mais la présence de sa mère derrière lui semblait lui rendre une assurance presque arrogante.
— Et vous comptiez m’en informer quand, exactement ?
Elle referma d’un geste sec le sac à dos de son fils.
— Demain à l’aéroport ? Juste devant le comptoir d’enregistrement ? “Surprise, Isabelle, on part sans Louis, appelle ta mère pour qu’elle vienne le récupérer en urgence” ?
Des plaques rouges montèrent aussitôt sur le visage de Xavier. Il détestait ce ton-là chez elle : calme, bas, mais chaque mot tombait comme un clou enfoncé dans le parquet.
— Mais qu’est-ce que ça change, le moment où on te le dit ?
Il balaya l’air de la main.
— L’essentiel, c’est que la décision est prise. Maman vient avec nous, un point c’est tout. Je suis l’homme de la maison, j’ai tranché. Inutile de faire ton numéro.
— Je ne fais aucun numéro.
Isabelle passa la bretelle du sac sur son épaule.
— Louis, habille-toi !
Un petit garçon de sept ans déboula de sa chambre en traînant derrière lui un avion tout neuf.
— Maman, on part déjà ?
— Oui, mon cœur. Mets tes baskets.
Jacqueline Morel claqua la langue, contrariée.
— Mais où est-ce que vous l’emmenez à cette heure-ci ? Le vol est demain matin. Qu’il dorme, enfin.
— Nous partons maintenant, répondit Isabelle d’une voix brève.
Xavier cligna des yeux, déconcerté. Toute sa fermeté masculine venait de se dissoudre d’un coup.
— Isa, qu’est-ce que tu racontes ? Où veux-tu aller maintenant ? Pourquoi ?
— Chez ma mère.
Elle enfila tranquillement sa veste.
— Puisque Louis doit passer l’été à la campagne, je vais le lui déposer tout de suite. Demain, je partirai directement de chez elle pour l’aéroport. On se retrouvera au terminal.
Xavier expira, visiblement soulagé. Il s’était sans doute préparé à une scène monumentale, avec assiettes brisées et menaces de divorce. Au lieu de cela, il n’y avait que ce calme. Sa femme avait protesté, puis elle s’était pliée à la décision. Comme d’habitude.
— Bon… très bien.
Il tenta même un sourire.
— Tu vois, maman ? Je te l’avais dit, Isabelle est une femme intelligente, elle comprend les choses. Vas-y, Isa. Fais attention sur la route. Demain, huit heures, devant les comptoirs d’enregistrement.
— Bien sûr, répondit Isabelle en refermant la porte derrière elle.
Le lendemain, le vaste hall de l’aéroport bourdonnait comme une ruche. Des courants d’air glissaient entre les files, tandis que les voyageurs poussaient leurs valises dans toutes les directions. Xavier consultait nerveusement le grand panneau électronique.
À côté de lui, appuyée sur la poignée d’un sac de voyage flambant neuf, Jacqueline Morel attendait avec une impatience visible. Elle portait une chemise claire en lin et un chapeau à larges bords qui lui donnait vaguement l’allure d’un gros cèpe.
— Mais où est-ce qu’elle est passée ?
Xavier vérifia son téléphone pour la dixième fois.
— L’enregistrement a déjà commencé. On va se retrouver avec toute la queue devant nous.
— Oh, c’est toujours la même histoire.
