« Avec toi, c’est toujours pareil : tu prends cet air comme si j’avais commis un crime ! » lança Xavier, exaspéré, en envoyant valser une petite voiture tandis qu’Isabelle levait enfin les yeux

Ce mensonge calculé est indigne et révoltant.
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— Louis Masson s’en remettra très bien, il passera l’été à la maison de campagne !

D’un geste agacé, Xavier Sanchez fourra son maillot de bain dans le sac de voyage et tira violemment sur la fermeture éclair. Le zip se coinça dans l’angle. Il jura entre ses dents, tira encore, manqua d’arracher la tirette, puis lança un regard bref à sa femme.

Isabelle Dupont pliait en silence les petits tee-shirts de l’enfant.

— Isabelle, tu comptes rester muette longtemps ?

Xavier se redressa, les mains plantées sur les hanches.

— Je t’explique pourtant clairement les choses. Maman a des problèmes d’articulations. Le médecin lui a conseillé l’air marin. Le séjour coûte une fortune, à quatre on n’aurait jamais pu suivre. Je me suis déjà endetté comme ça.

— J’ai compris, Xavier.

Isabelle lissa soigneusement un pli sur un minuscule tee-shirt décoré d’un dinosaure.

— Elle a compris, bien sûr…

Il fit quelques pas nerveux dans la chambre, buta contre une petite voiture abandonnée par Louis Masson et l’envoya valser d’un coup de pied.

— Avec toi, c’est toujours pareil : tu prends cet air comme si j’avais commis un crime ! Ça fait deux ans que je promets la mer à ma mère. Elle nous a élevés, elle a quand même le droit de se reposer, non ? Et le petit n’a que sept ans. La Corse, il ne s’en souviendra même pas. Ta mère le surveillera à la campagne. Il aura de l’air pur, des fruits rouges, de l’espace. Qu’est-ce qu’il lui faut de plus ?

Isabelle leva enfin les yeux vers son mari.

Trois semaines plus tôt, elle avait ouvert par hasard la messagerie sur l’ordinateur familial. Xavier, pressé de partir au travail, avait oublié de se déconnecter. Tout en haut de la boîte de réception apparaissait un message du voyagiste : « Modification du passager dans la réservation confirmée ».

Elle n’avait pas fait de scène ce jour-là. Elle avait simplement ouvert le reçu joint. Noir sur blanc, une somme importante y figurait : un supplément prélevé dans leurs économies communes, celles qu’ils mettaient de côté pour refaire l’entrée de l’appartement. Un supplément payé pour retirer leur propre fils du dossier et y inscrire Jacqueline Morel.

Isabelle avait refermé l’onglet. Elle s’était préparé un café. Puis elle s’était assise sur un tabouret près de la fenêtre, regardant longuement le concierge balayer les feuilles tombées dans la cour. Ensuite, elle avait sorti sa carte bancaire.

— Xavier, on s’était mis d’accord.

Sa voix resta calme, sans cri ni tremblement.

— On économisait pour ces vacances depuis un an. Louis comptait les jours. À l’école, il racontait à tout le monde qu’il allait prendre un grand avion.

— Eh bien, il s’en remettra !

Jacqueline Morel surgit du couloir avec une majesté théâtrale. Dans son gilet de coton bariolé, les lèvres couvertes d’un rouge éclatant et une lourde bague à l’index, elle n’avait rien d’une femme souffrante. Elle donnait plutôt l’impression d’être prête à livrer bataille.

— Mon petit Xavier a parfaitement raison.

La belle-mère pinça les lèvres avec son habituelle autorité professorale.

— Voyons, Isabelle, n’en fais pas un drame. À cet âge-là, les enfants ne font que capricer. Un coup ils veulent enlever leur bob, un coup ils réclament à boire, un coup il faut les conduire aux toilettes.

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