« Tante Élise, maman a dit qu’on allait habiter chez vous ! » s’écria Lucas, tandis qu’Élise restait figée au seuil, voyant la voiture de Camille filer

Égoïste et indigne, une décision intolérable.
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— Pas très loin, répondit Élise en s’obligeant à sourire. Nous allons chez votre grand-mère. Elle sera ravie de vous voir.

Le visage de Lucas perdit un peu de sa tension. Vingt minutes plus tard, un grand monospace s’arrêta devant l’immeuble. Élise descendit elle-même le gros sac bourré à craquer, puis aida les plus petits à grimper à l’arrière. Le trajet, en théorie, ne devait pas durer longtemps, mais la circulation du matin les retint presque une heure.

Monique, la mère de Thomas et de Camille, habitait une résidence récente, dans un quartier plutôt agréable. C’était une femme autoritaire, attachée à ses habitudes, qui tenait à son intérieur impeccable et vénérait le silence plus que tout. Sa fille Camille, elle l’avait toujours excusée, la présentant comme une pauvre malchanceuse à qui la vie ne souriait jamais. Élise, en revanche, n’avait jamais trouvé grâce à ses yeux : à l’entendre, sa belle-fille se croyait trop importante et ne s’occupait pas assez de la maison.

Le taxi s’immobilisa devant la bonne adresse. Élise fit descendre sa petite troupe sur le trottoir, récupéra le sac, puis tout le monde monta jusqu’au septième étage. On dut sonner deux fois avant que la porte ne s’ouvre. Monique apparut sur le seuil, vêtue d’un ensemble d’intérieur en soie, une tasse de café à la main. Son expression passa aussitôt de la surprise à une incompréhension glaciale.

— Élise ? lança-t-elle en détaillant les enfants rassemblés sur le palier. Qu’est-ce que vous faites ici à cette heure-ci ?

— Nous sommes venus vous rendre visite, répondit Élise d’un ton égal, tout en poussant le sac dans la vaste entrée rénovée avec goût.

— Mamie ! s’écria Chloé, toute joyeuse, avant de poser ses bottines sales sur le parquet clair.

Monique recula vivement, comme si elle venait d’éviter une catastrophe, et releva le bas de son pantalon de soie.

— Quelle visite ? Je me repose, moi ! Et mon feuilleton va commencer.

Sans se laisser démonter, Élise guida les autres enfants à l’intérieur.

— Votre fille est partie en Turquie avec un certain Julien. Les enfants, elle les a déposés devant ma porte, sans même laisser leurs papiers.

Des plaques rouges montèrent au visage de Monique. Sa tasse trembla légèrement entre ses doigts.

— Comment ça, en Turquie ? Elle regarda Lucas, puis revint vers Élise, abasourdie. Et les enfants, alors ?

— Les enfants sont là, comme vous pouvez le constater, dit Élise en désignant le petit groupe serré contre le mur. À vous d’accueillir vos petits-enfants.

— Et alors ? répliqua aussitôt Monique, retrouvant en une seconde son aplomb agressif. Tu es bien à la maison, non ? Tu pouvais très bien garder tes neveux et nièces, ce n’est pas ça qui allait t’épuiser.

La logique de Monique avait toujours eu cette solidité implacable : les limites des autres n’entraient tout simplement pas dans son raisonnement.

— Je travaille. Demain, je dois rendre un dossier comptable, répondit Élise sans baisser les yeux. Et légalement, je ne suis rien pour eux. S’il leur arrive quelque chose, c’est vous qu’on viendra chercher.

— Tu tapotes sur un ordinateur ! aboya Monique. Tu appelles ça travailler ? Tu les mets dans un coin avec une tablette et ils ne bougent plus.

— Leur famille proche, c’est vous, répliqua Élise.

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