« Ouvre cette porte, je te dis ! Sinon j’appelle les pompiers et ils feront sauter tes fichues serrures ! » lance Chloé en abattant son poing contre le battant gainé de simili cuir

Quelle trahison odieuse, ce foyer devient invivable.
Histoires

Il parcourut encore mes documents, l’air concentré, jusqu’au moment où je déposai devant lui la pièce maîtresse.

La veille, j’avais appelé Caroline, une ancienne camarade de fac qui travaillait désormais au service départemental du logement. Dans un café bruyant près de la gare, autour d’un americano amer, elle m’avait laissé consulter certaines informations internes. Ce que j’y avais découvert m’avait arraché mon premier sourire depuis une semaine.

Thomas, officiellement sans emploi, avait déposé un dossier pour obtenir une aide régionale destinée aux jeunes couples : une compensation pour le paiement d’un loyer. La condition essentielle était simple : présenter un contrat d’occupation d’un logement offrant au moins dix-huit mètres carrés par personne. Et ce génie avait joint à sa demande le faux contrat établi à partir de mon appartement.

Là, il ne s’agissait plus seulement d’une querelle familiale sordide. On entrait dans le domaine de l’escroquerie aux prestations publiques. Une tentative de ponctionner l’argent de l’État. Et la justice se montre rarement indulgente quand il est question de fonds publics.

Caroline me confirma que l’arrêté d’attribution de l’aide au nom de Thomas était déjà signé. Le premier versement, d’un montant d’environ 1 200 €, devait être viré sur sa carte le vendredi suivant.

— Très bien, mes chers petits parents, murmurai-je en quittant le bâtiment administratif sous un vent humide et glacial. Maintenant, on va jouer selon mes règles.

Le vendredi soir, j’introduisis ma clé dans la serrure et j’ouvris la porte de mon appartement. Cette fois, le verrou intérieur n’était pas tiré : ils attendaient une livraison de repas.

Derrière moi se tenaient trois personnes : le capitaine Gérard, sombre et massif, une agente du service des titres et domiciliations en uniforme bleu marine, ainsi qu’une représentante du service logement, serrant contre elle une lourde chemise en cuir.

Depuis la cuisine montaient les éclats de rire de Mélanie et le tintement des assiettes. Ils faisaient la fête. Sur la table traînaient une boîte de pizza ouverte et une bouteille de vin demi-sec. Thomas, installé dans mon fauteuil comme chez lui, avait posé ses pieds sur la chaise voisine.

— Oh, Chloé est rentrée ! lança Mélanie avec une joie théâtrale, avant de se raidir en apercevant les uniformes. Le fil de fromage qui pendait de sa part de pizza resta suspendu, sale et mou, entre ses doigts.

— Monsieur Thomas ? demanda le capitaine Gérard en avançant, sa carrure bouchant presque l’entrée de la cuisine. Capitaine Gérard, police nationale. Vos papiers, s’il vous plaît.

— Il y a un problème ? balbutia Thomas en tentant de se lever, bien que ses genoux se soient mis à trembler. Nous sommes déclarés ici, tout est légal…

— Vous étiez déclarés ici, le coupa froidement l’agente du service administratif, tandis qu’elle ouvrait à son tour son porte-documents.

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