Elle sortit une feuille officielle et la posa à plat sur la table.
— La domiciliation temporaire est annulée, déclara-t-elle. L’enquête a établi que des pièces falsifiées avaient été fournies. L’expertise graphologique confirme que la signature de la propriétaire a été imitée.
Thomas devint livide.
— Ce n’est pas tout, ajouta la représentante du service en ouvrant son dossier. Monsieur Thomas, une procédure pénale est engagée contre vous pour escroquerie liée à l’obtention d’aides publiques. Vous avez présenté un faux contrat afin de percevoir une subvention de l’État.
— Chloé ! hurla soudain Mélanie d’une voix perçante, les mains plaquées sur son ventre avant de glisser presque jusqu’au sol. Chloé, je t’en supplie ! Thomas va finir en prison ! On est de la même famille, comment tu peux faire ça ? Je vais avoir un enfant !
Je la regardai pleurer ses larmes de théâtre.
— Vous avez vendu la maison de ma grand-mère dans mon dos quand j’avais dix-huit ans, dis-je sans détourner les yeux. Et maintenant, vous avez voulu vous emparer de mon appartement. Prenez vos valises et sortez de chez moi.
Pour ne pas risquer une vraie peine de prison pour escroquerie aux prestations, Thomas dut reconnaître entièrement les faits et accepter un accord avec la justice. Le tribunal lui infligea une amende très lourde et l’obligea à rembourser toutes les sommes versées par l’administration. Il n’avait pas d’économies. Pour payer ses dettes et les honoraires de son avocat, il revendit presque pour rien sa part dans le logement familial.
Aujourd’hui, Mélanie, leur fils nouveau-né et lui s’entassent dans le minuscule appartement de sa mère, un vieux logement en bout d’immeuble à la périphérie de la ville. L’argent manque en permanence. Thomas travaille désormais comme simple manutentionnaire sur un marché de matériaux, et le soir, il noie sa fatigue dans de l’alcool bon marché. Mélanie se dispute chaque jour avec sa belle-mère à cause de la vaisselle sale, des sols jamais lavés et du moindre détail. Les voisins appellent régulièrement la police, excédés par les hurlements et les casseroles qui volent dans la cuisine.
Je le sais parce que ma mère me téléphone parfois en sanglotant. Elle m’accuse d’être cruelle. Elle crie que j’ai détruit la vie de ma sœur et privé mon neveu d’un toit.
Je raccroche sans répondre.
Dans mon appartement, une lumière douce entre par les fenêtres et dore les murs d’une chaleur tranquille. Sur le tapis moelleux, près de mes pieds, Maxime, mon labrador, est allongé de tout son long. Il somnole, le museau humide posé sur ses pattes.
J’ai défendu ce qui m’appartenait. Je n’ai rien pris à personne, je n’ai vécu aux dépens de personne, mais je ne laisserai plus quiconque me dépouiller. Ma conscience, elle, est parfaitement en paix.
