Sophie demeurait figée devant l’écran, incapable de mettre de l’ordre dans ce qu’elle voyait. Chantal s’était prise elle-même dans le piège qu’elle avait tendu aux autres. Une question pourtant lui martelait l’esprit : comment avait-elle pu ignorer que les caméras continuaient aussi à l’enregistrer, elle ?
Comme s’il avait deviné ce qu’elle pensait, Julien lâcha d’une voix basse :
— Elle ne sait pas couper l’enregistrement. Et, franchement, tant mieux.
Sophie leva vers lui un regard troublé.
— Mais alors… pourquoi tu ne m’as rien dit ?
Julien passa lentement une main sur son visage, puis baissa les yeux, visiblement épuisé.
— Je voulais réunir des preuves. Des vraies. Pour éviter que ça se termine comme l’histoire des médicaments, avec des accusations dans tous les sens et rien de concret.
Il fit avancer la vidéo jusqu’au lendemain. Sur l’image, Sophie vit Chantal revenir vers les bocaux, glisser la main derrière eux et en sortir un dossier. Elle s’installa ensuite à la table de la cuisine, l’ouvrit et se mit à tourner les pages une à une. Puis elle prit son téléphone et photographia soigneusement chaque feuille.
Quelques instants plus tard, elle appelait quelqu’un. Elle parlait avec animation, agitait sa main libre, notait quelque chose sur un bout de papier arraché, avant de le plier et de le fourrer dans sa poche.
— Après cette vidéo, j’ai appelé Maxime, expliqua Julien. Au début, il a prétendu ne rien savoir. Puis il a fini par cracher le morceau. Maman lui avait promis de me séparer de toi. Ensuite, selon son plan, l’appartement devait être mis à son nom, et elle le lui donnerait plus tard. C’est Maxime qui lui a acheté les deux caméras, pour qu’elle puisse fabriquer des preuves contre toi…
Sophie sentit un frisson glacé lui courir sur la nuque.
— Les papiers, elle les avait déjà rangés dans son sac, poursuivit Julien. Mais sans ma signature, elle ne peut rien en faire. Je n’y ai pas touché. Qu’elle continue à croire que tout se déroule comme prévu.
Le soir même, Julien s’assit face à sa mère et lança les enregistrements, depuis le tout premier jusqu’au dernier. Chantal resta muette, les yeux rivés à l’écran.
— Le plan était bien ficelé, dit-il avec un sourire amer. Si tu avais su te servir correctement de la technologie, il aurait même pu être brillant. Sauf que tu n’as pas réussi à éteindre les caméras. Elles ont tout filmé.
Chantal releva brusquement les yeux vers lui, puis les baissa presque aussitôt.
— Tu vas aller chez Maxime, déclara Julien d’un ton sec. Mais avant ça, tu me rends les documents de l’appartement.
Sans répondre, Chantal se leva. Quelques minutes plus tard, elle revint avec le dossier volé et le posa devant lui.
— Et encore une chose, ajouta Julien. Tu présentes tes excuses à Sophie.
— Pff… Et puis quoi encore ! ricana-t-elle avec mépris.
Le lendemain matin, elle partit chez Maxime. Le dossier retrouva sa place dans l’armoire.
Quant aux deux caméras, Sophie les décrocha elle-même et les jeta à la poubelle. Julien ne protesta pas. Depuis ce jour, il n’a plus aucun contact ni avec sa mère ni avec son frère.
