La nuit ne lui apportait pas davantage de repos. Julien dormait mal, se retournait sans cesse, se levait pour boire un verre d’eau, puis restait longtemps immobile devant la fenêtre, comme s’il guettait quelque chose dans l’obscurité.
Un soir, une pensée traversa Sophie, froide et douloureuse :
— Et s’il y avait une autre femme ?
Cette idée lui serra le cœur d’une tristesse si lourde qu’elle eut du mal à respirer.
Un matin, en cherchant des bocaux dans un placard de la cuisine, Sophie remarqua que le dossier avait disparu. Elle écarta tous les pots, fouilla les étagères voisines, vérifia derrière les paquets et les boîtes, mais il n’y avait rien. Pourtant, elle en était certaine : Julien l’avait rangé là, sous ses yeux.
Le soir même, elle décida de ne plus tourner autour du pot. Julien était installé sur le canapé, le regard absorbé par son éternel téléphone.
— Le dossier avec les papiers de l’appartement n’est plus à sa place, dit-elle d’une voix tendue. Tu l’as déplacé quelque part ?
Il ne prit même pas la peine de lever les yeux.
— Peut-être… Je ne sais plus. Je chercherai plus tard.
Sophie se détourna vers la fenêtre. Dehors, le jour tombait déjà. À présent, elle ne doutait presque plus que Chantal avait pris les documents. Quant à Julien, soit il ne voyait rien, soit cela ne l’atteignait pas.
Elle avait l’impression que le sol se dérobait sous ses pieds, lentement, sans bruit, et qu’aucune main ne se tendait pour la retenir.
Alors elle se décida. Elle attendit que Chantal parte chez la voisine pour regarder sa série, puis elle s’assit en face de Julien.
— Julien, il y a une caméra dans la cuisine, derrière la boîte à pain. De l’argent disparaît de mon portefeuille. Mes bottes ont disparu. Les papiers de l’appartement aussi. Julien, je n’en peux plus.
Elle s’était préparée à le voir défendre sa mère, comme il l’avait fait avec cette histoire de médicaments. Elle s’attendait à devoir se lever, prendre ses affaires et partir.
Mais Julien posa lentement son téléphone sur la table. Pour la première fois depuis des semaines, il la regarda droit dans les yeux. Puis il tourna l’écran vers elle.
— Je suis au courant pour la caméra, dit-il calmement. Maman m’a expliqué qu’elle voulait, soi-disant, garder un œil sur toi. Ce soir-là, j’ai ouvert l’application. Sauf qu’il n’y avait pas un appareil connecté, mais deux. Le second filmait la cuisine. Depuis trois semaines, je regarde les enregistrements.
Sophie mit quelques secondes à comprendre. Lui, déjà, faisait défiler les vidéos. Sur le petit écran, leur cuisine apparut. On y voyait Chantal ouvrir le portefeuille de Sophie posé sur la table, en retirer des billets et les glisser dans sa poche. Sur l’enregistrement suivant, capté par l’autre caméra, Chantal sortait de l’appartement avec les bottes de sa belle-fille à la main.
Puis venait la scène de la fouille des documents : étagère après étagère, bocal après bocal, tout avait été méthodiquement inspecté.
