Plutôt que de rester à se ronger les sangs, Valérie décida d’en avoir le cœur net.
Elle attendit que la journée de travail de son fils soit terminée, puis se rendit sans se presser à l’adresse notée sur le papier. Devant l’immeuble, elle entra dans le hall en même temps qu’une femme qui lui lança un regard méfiant. Valérie n’y prêta aucune attention. Elle monta jusqu’au quatrième étage. Appartement 43.
Elle appuya sur la sonnette. Puis, presque aussitôt, se retourna légèrement et se mit à frapper violemment la porte du pied.
— Ouvre ! Je sais que tu es là !
Bien sûr qu’elle le savait. La voiture de son fils était garée dehors.
La porte finit par s’ouvrir. Romain apparut sur le seuil. Dans ses yeux passèrent, en même temps, la stupeur et la peur.
— Maman ? Mais… comment tu…
Valérie ne répondit pas. Elle le fixa en silence.
Derrière lui, une jeune fille se tenait à moitié cachée. Vingt-deux ans à peine, peut-être moins. Des lèvres pleines, une taille fine, de longs cheveux qui descendaient presque jusqu’aux reins. Elle portait un petit peignoir court qui couvrait à peine ses cuisses. Une vraie vision de rêve, vraiment.
La fille esquissa un sourire gêné et rougit même un peu.
— Bonjour… Vous cherchez quelqu’un ?
Romain, devenu écarlate, articula avec peine :
— C’est ma mère.
Le sourire de la jeune fille s’effaça aussitôt.
— Oh.
Valérie ne perdit pas une seconde de plus. Elle attrapa Romain par le col de sa chemise, le fit pivoter d’un geste sec et le poussa brutalement dans le couloir. Il ne tenta même pas de résister, trop abasourdi pour réagir.
— Maman, on peut…
— Tais-toi !
Elle ramassa ses chaussures et les lui lança dans le dos. Puis elle se tourna vers la jeune fille, dont le visage exprimait maintenant une terreur parfaitement visible.
— Quant à toi, écoute-moi bien, ma jolie. Il a une femme. Et trois enfants. L’aîné a sept ans, le dernier six mois. Tu étais au courant ?
La fille recula, jusqu’à se retrouver contre le mur.
— Je… Il m’avait dit qu’il allait divorcer…
— Romain raconte beaucoup de choses, tu sais. Et toi, quand tu lui ouvrais ton lit, tu réfléchissais avec quoi exactement ? Hein ?
— Maman, ça suffit ! cria Romain depuis le palier, en essayant d’enfiler ses chaussures.
— Ferme-la ! lança Valérie sans même se retourner vers lui.
Elle s’approcha tout près de la jeune fille.
— Je te préviens, gamine. Même s’il quitte sa femme aujourd’hui et reste avec toi, ça ne changera rien. Je ne veux pas te connaître. Pour moi, tu n’existeras pas. Je ne viendrai pas à votre mariage, je ne regarderai jamais tes enfants, je ne te laisserai même pas franchir mon seuil. Je te maudirai, tu comprends ? Et si tu t’approches encore de lui, je te balance de l’acide au visage. J’irai en prison, ce n’est pas ça qui me fera peur.
La jeune fille pleurait déjà. Les larmes roulaient sur ses joues, et elle sanglotait comme un chiot perdu. Valérie, elle, ne ressentit pas la moindre pitié.
— Si tu l’appelles encore une seule fois, ou s’il remet les pieds ici, tu ne pourras t’en prendre qu’à toi-même. Où est-ce que tu crois mettre les pieds ? Cet homme a trois enfants. Tu n’as pas assez d’ennuis dans ta vie ? Ne t’inquiète pas, je saurai t’en fabriquer.
Elle fit volte-face, saisit Romain par l’épaule et le tira presque par la peau du cou vers l’escalier. Valérie respirait fort, étouffée par une colère qui lui brûlait la poitrine. Arrivée au deuxième étage, elle s’assit sur le rebord d’une fenêtre. Son fils se tenait devant elle comme un écolier pris en faute.
— Maintenant, tu vas bien m’écouter. Si tu remets les pieds ici, tu le regretteras. Tu vas réparer ce que tu as cassé avec ta femme au lieu de courir après des filles. C’est clair ?
— Maman, je ne peux pas vivre comme ça, murmura Romain en détournant les yeux. Je n’aime plus Inès depuis longtemps. Entre nous, il n’y a plus rien. On vit comme deux voisins. Elle ne fait que cuisiner, s’occuper des enfants, nettoyer la maison. Et moi, j’ai aussi le droit de vouloir quelque chose.
