« À cause de vous, Romain et moi, on va finir par divorcer » lança Inès, la voix brisée

Cette ingérence odieuse est moralement intolérable.
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…n’était pas venu chez moi depuis presque trois mois. Je ne comprends même pas de quoi tu parles. » Pourtant, Valérie n’était pas sotte. Et, soudain, une hypothèse bien plus sinistre se dessina devant elle, si nette qu’elle en eut la nausée.

Oui, plus un mensonge est énorme, plus il semble parfois crédible. Mais Inès, elle, ne mentait pas. Elle disait sa vérité à elle. Romain, très probablement, lui racontait des histoires sur les maladies de sa mère. Seulement Valérie comprit aussitôt où se trouvait réellement son fils « dévoué » pendant ces absences. Sa belle-fille, Dieu merci, n’en avait encore aucune idée.

— Inès, murmura Valérie en pesant chaque mot, terrifiée à l’idée de laisser échapper une phrase de trop. Pardonne-moi. Je n’ai pas réfléchi… J’ai oublié qu’il avait une femme, des enfants. Mais maintenant, c’est réglé : j’ai fait les examens nécessaires, une amie m’a aidée. Dans peu de temps, je serai complètement remise. Va te coucher un peu. Je vais rester avec les petits.

Inès releva vers elle ses yeux rougis de larmes.

— C’est vrai ?

— Bien sûr. Tu dois récupérer. Je te le jure sur ce qu’il me reste de santé : Romain ne viendra plus chez moi. Il restera à la maison, avec toi.

Après un dernier sanglot, Inès gagna la chambre. Valérie, elle, s’occupa des petits qui venaient de se réveiller, tandis qu’une colère glaciale prenait racine en elle. Hélas, elle savait trop bien ce qui attendait sa belle-fille. Elle-même avait traversé cela lorsque Romain n’avait que deux ans. Et il lui avait fallu des années pour cesser de se méfier de tout le monde, en pansant ses blessures en silence.

Valérie quitta l’appartement tard dans la soirée. Romain n’était toujours pas rentré : il « faisait des heures supplémentaires ». Elle poussa un soupir lourd, puis l’appela.

— Romain, tu es où, là ?

— Au travail. Pourquoi ?

— Ah bon ? Aujourd’hui, tu n’es donc pas au chevet de ta mère mourante ?

Un long silence suivit. Puis la voix de son fils, déstabilisée, souffla :

— Maman…

— Je te demande où tu es.

— Au bureau.

— Tu en es certain ?

— Maman, pas maintenant, s’il te plaît…

— Romain, tu racontes à ta femme que tu viens chez moi. Que je suis pratiquement en train de rendre l’âme. Tu ne crois pas que tu me dois quelques explications ?

— Maman, ce n’est pas ce que tu crois.

— Rentre immédiatement, gronda-t-elle avant de couper.

Elle passa tout le dimanche sur les nerfs. Son fils ne l’appela pas, et elle-même n’avait aucune envie de lui parler. Le lundi, à l’heure du déjeuner, elle se rendit dans l’immeuble où travaillait Romain. À l’entrée : portique de sécurité, comptoir d’accueil, agent de surveillance. Des gens allaient et venaient de tous côtés ; on aurait dit une fourmilière plus qu’un bureau. Valérie s’approcha tranquillement du comptoir.

— Bonjour. Vous connaissez Romain Larionov ?

Le vigile la regarda sans la moindre émotion.

— Oui. Et alors ?

Valérie sortit un gros billet et le posa sur le comptoir d’un geste discret, en le couvrant de sa main.

— Écoutez, dit-elle à voix basse. J’ai besoin de savoir avec qui il a une liaison ici. Je suis sa mère, et je comprends très bien ce qui se passe. Ce sont mes petits-enfants que je plains.

L’homme jeta un coup d’œil au billet, puis à elle. Il soupira. Une seconde plus tard, l’argent avait disparu.

— Ce n’est pas vraiment un secret, alors je ne trahis pas grand-chose. Il fricote avec Anaïs, de la comptabilité. Toute jeune, elle vient d’arriver. Il la promène partout, il lui a même loué un appartement. Si vous voulez, je peux retrouver l’adresse dans la base.

Dix minutes plus tard, Valérie ressortait dans la rue, un papier serré entre les doigts. Tout bouillonnait en elle, même si, au fond, elle s’était attendue à quelque chose de ce genre. Un scénario classique. Restait à voir si son fils aurait le culot de « passer chez sa pauvre mère malade » ce soir-là. Ou bien inventerait-il plutôt une réunion qui s’éternisait ?

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