« À quarante-deux ans, moi, au moins, je me suis mariée par amour » répondis-je d’un ton égal, laissant Didier Perrin sans voix

La bienséance dissimule une cruauté intolérable.
Histoires

C’était notre couple. Un homme incapable de défendre sa femme au milieu de sa propre famille cesse, à mes yeux, d’être un appui.

Quelques jours avant l’anniversaire de ma belle-mère, Antoine vint me trouver. Il ne détourna pas le regard et admit enfin :

— J’ai compris que j’avais aggravé les choses. Ce n’est pas toi qui prends tout mal. C’est Didier qui se comporte comme un goujat, et moi, je te demandais d’encaisser parce que ça m’arrangeait. Le jour de l’anniversaire, je l’arrêterai moi-même. Dès sa première remarque.

— Très bien, répondis-je en hochant la tête. Une seule fois. Mais souviens-toi d’une chose : se vexer quand on entend la vérité, c’est le prix à payer quand on a été mal élevé. Si tu te tais encore, je partirai seule. Et là, la discussion ne portera plus sur Didier, mais sur notre mariage.

La fête débuta dans une atmosphère presque cérémonieuse. Didier se tint correctement jusqu’au plat principal. Puis son vrai visage reprit le dessus.

En voyant que sa sœur, Chloé Denis, refusait une deuxième part de gâteau, il éclata d’un rire ravi :

— Tu fais bien, ma petite Chloé, bouffe pas davantage ! Avec ton derrière qui ressemble déjà à un canapé, aucun mec normal ne va se jeter sur une péniche indépendante comme toi !

Cette fois, Antoine ne chercha même pas mon regard. Il posa son verre sur la table avec une fermeté sèche.

— Ferme-la, Didier. Ce n’est pas drôle. Ça suffit d’humilier ta sœur.

Le silence tomba autour de la table, brutal, comme si quelqu’un avait coupé le courant.

Didier ouvrit des yeux énormes, l’air d’avoir reçu une serpillière mouillée en plein visage.

— Qu’est-ce qui te prend, frangin ? cracha-t-il. Ta nouvelle mégère t’a complètement mis au pas ? Madame débarque ici en reine et monte tout le monde contre moi ! Julie, Chloé, dites-lui, vous ! On a toujours plaisanté comme ça !

Il se tourna vers les femmes, certain d’y trouver son soutien habituel. Sauf que, cette fois, son petit chœur de défense venait de s’effondrer.

— Ça n’a jamais été une plaisanterie, Didier, dit sa sœur d’une voix basse mais nette. Ça a toujours été de la grossièreté.

Julie Roger baissa les yeux avant d’ajouter :

— Je riais seulement pour éviter que tu hurles à la maison en disant qu’on était trop bêtes pour comprendre ton humour.

Privé de sa cour, Didier explosa. Ses yeux injectés de sang se fixèrent sur moi, prêts à déverser toute sa bile.

— Et toi, tu te prends pour qui ? Une vieille divorcée qui s’incruste dans une famille qui n’est pas la sienne et prétend y imposer ses règles !

Je ne bougeai pas d’un millimètre.

Je l’observais avec cette curiosité presque scientifique que l’on réserve à un ballon de fête soudain privé d’air.

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