« La maison au bord de la mer est désormais notre maison familiale » déclara la belle‑mère en rangeant ses affaires, laissant Camille figée, le café amer à la main

Cette injustice odieuse m'arrache un cri intérieur.
Histoires

— Maman, cette maison n’est pas la tienne.

— Mais nous sommes de la même famille !

— Justement. C’est pour ça que tu aurais dû nous en parler avant.

Le lendemain, Julien prit lui-même son téléphone et appela un à un les membres de la famille. Depuis la cuisine, Camille entendait sa voix posée, presque calme, mais il y avait dans ses mots une fermeté nouvelle.

À chacun, il expliqua qu’il y avait eu un malentendu. Que l’invitation avait été lancée sans l’accord des propriétaires. Que leur maison n’était pas une pension gratuite où l’on pouvait s’installer à sa guise, et que Camille et lui comptaient organiser leurs vacances comme ils l’entendaient.

Certains parents furent embarrassés et présentèrent leurs excuses. La tante Danielle alla même jusqu’à dire :

— Nous ne savions pas que Valérie avait tout décidé toute seule.

D’autres le prirent mal, surtout la nièce qui avait déjà acheté ses billets.

Quant à la belle-mère, elle déclencha une scène mémorable. Elle traversait le salon de long en large, les bras agités, le visage rouge de colère.

— Tout ça, c’est à cause de toi ! cria-t-elle en pointant Camille du doigt. Égoïste ! Ingrate ! Je t’ai accueillie dans notre famille, et toi, tu chasses les nôtres !

Mais, cette fois, personne ne se rangea de son côté. Même Julien ne céda pas.

Le matin suivant, il conduisit sa mère à la gare. Camille sortit pour lui dire au revoir, un thermos de café à la main pour le trajet.

Avant de monter, la belle-mère tenta une dernière fois de la culpabiliser :

— Un jour, tu le regretteras. Tu te retrouveras seule, et personne ne viendra t’aider.

— Non, répondit Camille sans hausser la voix, en la regardant droit dans les yeux. J’ai trop longtemps travaillé pour avoir cette maison. Maintenant, ce que je veux, c’est du calme et du silence.

Quelques semaines passèrent, et la vie reprit peu à peu son cours ordinaire. Le matin, plus aucune voix forte ne venait briser la tranquillité, plus personne ne formulait d’exigences dès le réveil.

Camille buvait son café sur la véranda en contemplant la mer. Les mouettes tournoyaient au-dessus de l’eau, tandis que le vent faisait frémir les pins.

Julien, lui, s’occupait du jardin. Il plantait les nouveaux rosiers que Camille avait commandés dans une pépinière.

— Ils seront magnifiques, disait-il en lui montrant les photos des variétés.

Le soir, ils faisaient griller du poisson dans la cour et regardaient le soleil descendre sur l’horizon. Parfois, ils invitaient des amis à passer le week-end.

Les proches finirent tout de même par venir leur rendre visite. Mais désormais, c’était uniquement sur invitation, et jamais plus que quelques jours. Même la belle-mère revint à l’automne : trois jours seulement, après les avoir prévenus un mois à l’avance.

Elle ne qualifiait plus la maison de ruine. Mais elle ne se comportait plus non plus comme si elle en était la maîtresse.

— Je pourrais venir pour le pont de mai ? demanda-t-elle avant de repartir.

— Bien sûr, maman. Préviens-nous seulement un peu avant, au moins trois jours à l’avance, répondit Julien.

Et Camille sourit, les yeux posés sur sa mer.

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