Camille tenta aussitôt de protester :
— Mais nous n’en avons jamais parlé… Nous avions d’autres projets…
Sa belle-mère balaya l’objection d’un geste négligent de la main.
— Ne sois pas mesquine. La maison est grande, il y aura bien assez de place pour tout le monde.
Déjà, elle faisait rouler sa valise en direction de la chambre principale. Camille la suivit précipitamment, le cœur serré.
Et ce ne fut pas tout. Comme si elle annonçait une simple formalité, Danielle ajouta :
— D’ailleurs, j’ai déjà parlé de votre maison à la famille. Ils sont tous ravis !
— À quelle famille ? demanda Camille, sentant soudain le sol se dérober sous ses pieds.
— À la nôtre, évidemment. Ma sœur, mes neveux… Cela fait si longtemps qu’ils n’ont pas vu la mer.
Camille comprit alors que sa belle-mère avait déjà promis des vacances gratuites à plusieurs foyers. La semaine suivante, devaient arriver sa sœur avec son mari, leurs deux enfants adultes accompagnés de leurs conjoints, ainsi que deux petits-enfants.
Huit personnes en tout.
Et pas une seule n’avait songé à demander l’accord de la propriétaire.
Pire encore, Danielle avait déjà établi la répartition des chambres. Elle s’était réservé la suite parentale. La chambre d’enfant irait à la famille avec les petits. La chambre d’amis serait attribuée au second couple.
— Et Julien et moi, nous dormirons où ? demanda Camille d’une voix presque éteinte.
— On peut très bien installer un lit pliant sur la véranda. Ou vous mettre dans le salon, sur le canapé. Ne fais pas ta difficile, ce n’est que pour quelque temps.
Julien rentra en début de soirée. Camille reconnut le bruit familier du moteur et s’approcha de la fenêtre. Il garait la voiture sous les pins, visiblement épuisé par une longue journée de travail.
Danielle fut la première à se précipiter vers l’entrée, tout en lissant les plis de sa robe.
— Mon Julien ! s’écria-t-elle en serrant son fils dans ses bras. Tu te rends compte ? Je voulais seulement rassembler la famille, et ta femme m’a fait toute une scène. Elle refuse que les proches viennent !
Sans un mot, Camille prit son téléphone et le tendit à son mari. Sur l’écran apparaissait un message publié le matin même dans la conversation familiale :
« Venez tous. La maison est immense. Il y a de la place. Camille sera enchantée de vous recevoir. »
Julien parcourut les échanges. Peu à peu, son visage se ferma. Puis il leva les yeux vers sa mère.
— Tu as invité des gens sans nous demander notre avis ?
— Et alors ? répondit Danielle en haussant les épaules.
— Tu as aussi décidé qui dormirait dans quelle chambre ?
— Bien sûr. Il fallait bien que quelqu’un organise les choses.
— Même notre chambre ?
— Où est le problème ? J’ai besoin d’un endroit confortable, tu sais bien que j’ai mal au dos.
Danielle ne s’était manifestement pas attendue à ce que son fils l’interroge de cette manière. Elle avait toujours eu l’habitude de le voir céder.
