On distinguait la mer, et, dans la cour, de vieux pins étendaient leurs branches tordues par le vent.
— Tu sais… c’est vraiment beau ici, finit par admettre Julien en faisant le tour du terrain.
Ils prirent alors la décision de garder la maison pour eux.
L’année suivante fut presque entièrement consacrée aux travaux. Julien s’occupa du toit, remplaça les fenêtres, répara ce qui menaçait de céder. Camille, elle, se chargea du jardin, des pièces à aménager, des couleurs, des tissus, de tout ce qui pouvait rendre l’endroit vivant. Peu à peu, cette vieille bâtisse oubliée devint une véritable maison de vacances, chaleureuse et pleine de charme.
Pour la première fois depuis longtemps, Camille se surprit à se sentir heureuse.
Au début de l’été, elle publia quelques photos sur les réseaux sociaux.
Une véranda blanche avec deux fauteuils en rotin.
Un hamac tendu entre les pins, parfait pour lire à la tombée du jour.
Des rosiers en fleurs près du portail, formant presque une petite allée parfumée.
Et, depuis leur propre terrasse, un coucher de soleil sur la mer.
Les réactions ne tardèrent pas. Sous les images, les commentaires admiratifs s’accumulèrent. Ses amies lui demandaient le nom de l’hôtel, ses collègues refusaient de croire qu’il s’agissait réellement de sa maison.
Quelques jours plus tard, sa belle-mère l’appela à l’improviste.
Sa voix avait changé. Elle était douce, presque mielleuse.
— Camille, ma petite, j’ai vu tes photos. Quelle merveille, cette maison !
— Merci, répondit Camille, aussitôt sur ses gardes.
— On ne la reconnaît plus ! On dirait une villa sortie d’un magazine de décoration. Il faudra absolument que je vienne voir ça de mes propres yeux, un de ces jours.
— Oui… un de ces jours, bien sûr.
— Et la mer est loin ?
— À cinq minutes à pied.
— Formidable ! Bon, je t’embrasse. Passe le bonjour à Julien !
Dès qu’elle raccrocha, Camille sentit une inquiétude sourde lui serrer la poitrine. En trois ans de mariage, elle avait appris à décoder les intonations de sa belle-mère. Ce passage brutal du mépris à l’enthousiasme n’avait rien de rassurant.
Une semaine plus tard, ses craintes se confirmèrent.
Sa belle-mère apparut sur le seuil avec deux énormes valises. Le taxi repartit aussitôt, sans même attendre que Camille ait ouvert complètement la porte. Celle-ci se tenait là, en tablier, un fouet à la main : elle préparait justement des meringues.
— Maman ? Vous ne nous avez pas prévenus…
— Je voulais vous faire une surprise ! lança sa belle-mère en lui déposant un baiser sonore sur la joue avant d’entrer.
Elle pénétra dans la maison comme si elle y avait toujours eu sa place. Elle retira tranquillement ses chaussures, posa son sac sur la console de l’entrée, puis entreprit d’inspecter les lieux.
Elle passa d’une pièce à l’autre, effleurant les rideaux, testant les coussins du canapé, observant les murs et les meubles avec l’assurance de quelqu’un qui se croit chez soi.
Puis elle complimenta les travaux d’un ton entendu.
— Vous avez bien choisi le papier peint. Et le carrelage de la salle de bains est très réussi.
Ensuite, avec un calme désarmant, elle annonça :
— J’ai décidé de passer tout l’été ici. L’air marin est excellent à mon âge.
