« Le problème, c’est que cet appartement m’appartient » répondit Sophie d’un ton calme mais ferme

Inique, humiliant et mesquin, ce chantage familial bouleverse.
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Et vous, au contraire, vous exigez que je renonce à tout pour me retrouver sans rien. Réfléchis bien. Prends ta décision. Mais sache une chose : la mienne est irrévocable. »

La réponse arriva moins d’une heure plus tard.

« Maman pense que tu te comportes en égoïste. Une épouse devrait faire confiance à son mari. Je ne sais plus qui a raison. »

Sophie esquissa un sourire triste. Tout venait de devenir limpide.

Elle appela alors l’avocat dont une amie lui avait parlé et demanda un rendez-vous pour engager une procédure de divorce. Ensuite, elle sortit tous les papiers concernant l’appartement et les rangea soigneusement dans un dossier séparé.

Le soir, Julien se présenta. Il tenait un immense bouquet de roses et affichait une mine contrite.

— Je suis désolé, dit-il depuis le seuil. Je n’aurais jamais dû laisser les choses aller aussi loin. Maman a exagéré. Oublions tout ça.

Sophie posa les yeux sur les fleurs, puis sur lui.

— Oublier quoi exactement ? Que tu voulais me prendre mon appartement ? Que ta mère envisageait déjà notre séparation à l’avance ? Ou que tu es resté silencieux pendant qu’elle en parlait ?

— Je ne suis pas resté silencieux ! Je… j’étais perdu, c’est tout !

— Perdu après cinq ans de mariage, au moment où il fallait choisir entre ta mère et ta femme.

Sa main retomba, entraînant le bouquet vers le bas.

— Qu’est-ce que tu attends de moi ?

— De la franchise. Dis-moi la vérité. Tu es venu parce que tu as compris que tu t’étais trompé ? Ou parce que ta mère t’a conseillé de tenter de me faire changer d’avis ?

Julien ne répondit pas. Et ce silence-là disait tout.

— Va-t’en, murmura Sophie, épuisée. Prends tes affaires et pars. Retourne chez ta mère. Là où, paraît-il, on te comprend toujours.

— Tu es sérieuse ?

— Absolument.

Il resta figé quelques secondes. Puis il jeta les roses par terre.

— Tu le regretteras ! Sans moi, tu ne t’en sortiras pas ! Tu finiras seule avec ton précieux appartement !

— Je préfère être seule chez moi que dépossédée avec toi et ta mère, répondit Sophie d’une voix calme. Pars, Julien. Nous n’avons plus rien à nous dire.

Il claqua la porte si violemment que les vitres vibrèrent.

Sophie ramassa les roses une à une. Elle les mit dans un vase, puis alla s’asseoir près de la fenêtre avec une tasse de thé.

Une nouvelle notification apparut sur son téléphone. C’était sa belle-mère : « Tu le regretteras de toute façon. Mon fils vaut mieux que toi ! »

Sophie sourit à peine. Elle effaça le numéro, puis le bloqua. Pour de bon.

Ensuite, elle reprit le dossier contenant les documents de l’appartement. Tout était là. À sa place. En ordre. Ses parents avaient veillé sur elle à leur manière. Désormais, c’était à elle de protéger ce qu’ils lui avaient laissé.

Dehors, le soleil disparaissait derrière les immeubles. Le silence remplissait les pièces. Un silence paisible. À elle. Sûr.

Sophie but une gorgée de thé et, pour la première fois depuis trois mois, eut l’impression de pouvoir respirer librement.

L’appartement était resté le sien. Comme il aurait toujours dû l’être.

Et le lendemain matin, elle appellerait l’avocat. Elle commencerait une autre vie. Sa vie à elle. Sans chantage, sans manipulation, sans mains étrangères tendues vers ce qui lui appartenait.

Sur un point, sa belle-mère avait eu raison : elle resterait seule.

Mais cette solitude valait infiniment mieux que la peur de perdre la dernière chose qui la reliait encore à ses parents.

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