Avec mon argent à moi.
Le silence tomba. Mais il ne dura pas.
Une semaine plus tard, sa belle-mère réapparut, accompagnée cette fois d’une femme en tailleur strict.
— Sophie, ma petite, je te présente quelqu’un ! lança Catherine d’une voix faussement enjouée. Voici Véronique, avocate. Une vraie professionnelle ! Elle va nous expliquer tous les documents nécessaires pour le transfert de propriété.
Sophie resta sur le seuil, observant les deux femmes. L’avocate affichait un sourire maîtrisé, une chemise cartonnée serrée contre elle.
— Bonjour. En effet, je peux vous aider à remplir correctement les papiers. La procédure est simple, cela ne prendra presque pas de temps, commença-t-elle.
— Je ne vous ai pas appelée, la coupa Sophie. Et je ne signerai rien. Au revoir.
Elle referma la porte juste devant elles. De l’autre côté, la voix indignée de Catherine éclata aussitôt, mais Sophie s’éloigna vers la cuisine sans répondre. Ses mains tremblaient. Leur culot venait de franchir une limite.
Le soir, Julien fit une scène.
— Tu te rends compte que tu as humilié ma mère ? Elle voulait seulement aider ! Elle a fait venir une avocate pour que tout soit fait correctement !
— Pour m’aider à me faire prendre mon appartement, oui.
— Personne ne veut te le prendre ! Il s’agit juste de régulariser les choses.
— Julien, écoute-moi bien. Ta mère veut que je mette l’appartement à ton nom. Pourquoi ? Explique-le clairement. Sans grands discours sur la stabilité du foyer.
Il hésita, visiblement mal à l’aise.
— Eh bien… maman pense que c’est plus normal comme ça. Dans une famille, l’homme doit être propriétaire.
— Pourquoi ?
— Parce que… ça se fait.
— Où ça ? Dans quelle famille ? Cet appartement, ce sont mes parents qui me l’ont laissé. Pas les tiens. Pas ta mère. À moi.
— Mais nous sommes une famille !
— Une famille, répéta Sophie lentement. Très bien. Alors réponds-moi : pourquoi ta mère ne propose-t-elle pas de mettre son propre appartement à mon nom, pour renforcer notre stabilité familiale ?
Julien ouvrit la bouche, puis la referma. Cette question, manifestement, ne faisait pas partie du scénario prévu.
— Ce n’est pas pareil, marmonna-t-il.
— En quoi ce n’est pas pareil ?
— Son appartement… elle l’a gagné toute sa vie.
— Et le mien serait tombé du ciel ? Mes parents ont travaillé toute leur existence, eux aussi. Ils me l’ont transmis à moi. Pas à toi. Pas à ta mère. À moi.
Il ne trouva rien à répondre. Il se leva simplement et sortit. Bien sûr, il alla chez sa mère, là où on le comprenait toujours, là où on le plaignait sans poser de questions.
Deux semaines passèrent. La pression ne faiblit pas. Catherine appelait vingt, parfois trente fois par jour. Elle envoyait des messages. Elle exigeait une rencontre.
Sophie ne répondait plus.
Puis, ce matin-là, un nouveau message arriva : « Demain à dix heures chez le notaire. Viens. Nous réglerons définitivement cette histoire d’appartement. Julien a déjà donné son accord. »
Sophie n’y alla pas. À la place, elle s’assit et rédigea un long message à son mari.
« Julien. Je t’aime. Cela fait cinq ans que je t’aime. Mais je ne céderai pas l’appartement que mes parents m’ont laissé. C’est la dernière chose qui me rattache à eux. C’est ma sécurité. Ma garantie.
Si ta mère et toi êtes incapables de le comprendre, alors nous ne sommes pas une vraie famille. Une famille se construit sur la confiance. »
