Camille rangea soigneusement toutes les pièces dans une chemise cartonnée et les apporta à Léa Richard.
— Parfait, déclara son amie après avoir parcouru les documents. Il y a largement de quoi agir. Maintenant, on passe à l’étape suivante.
Exactement une semaine plus tard, comme il l’avait annoncé, Xavier Barbier revint à la charge.
— Alors ? Tu as réfléchi ?
Camille était assise sur le canapé. Son visage ne trahissait aucune inquiétude.
— Oui. Divorçons.
Xavier resta figé. Il ne s’attendait visiblement pas à cette réponse.
— Tu es sérieuse ?
— Tout à fait. Dépose la demande. Je ne m’y opposerai pas.
— Tu comprends que tu vas te retrouver sans rien ?
— Nous verrons bien, répondit Camille avec un léger sourire.
Quelque chose, dans cette expression calme, le mit mal à l’aise. Pourtant, il n’en laissa rien paraître.
— Très bien. Comme tu voudras. Demain, je m’en occupe.
Le lendemain, il lança la procédure. Un mois plus tard, le divorce était prononcé.
Xavier se croyait vainqueur. Libre, enfin. Il allait pouvoir vivre ouvertement avec Clara Michel, la jeune responsable de l’un de ses magasins, avec laquelle il entretenait une liaison depuis deux ans.
Camille quitta l’appartement et loua un petit studio. Pour Xavier, l’affaire était réglée. Tout s’était déroulé comme il l’avait prévu.
Mais une semaine plus tard, il reçut une convocation au tribunal. Une action en partage des biens acquis pendant le mariage venait d’être engagée. La demanderesse : Camille Mathieu, son ancienne épouse.
En lisant la requête, Xavier sentit le sang lui quitter le visage.
Camille réclamait la moitié de tout : l’appartement évalué à 60 000 €, la maison estimée à 100 000 €, les deux voitures pour 30 000 €. Et surtout, la moitié de l’entreprise : sept magasins, valorisés à 400 000 €.
Au total, la demande atteignait 295 000 €.
— Elle a perdu la tête, murmura Xavier.
Il appela aussitôt son avocat.
— Jacques Guerin, mon ex-femme vient de déposer une demande de partage. Elle exige presque 300 000 €. C’est absurde.
L’avocat examina les pièces avec attention.
— Xavier Barbier, je crains que ce ne soit pas si absurde. Elle dispose d’éléments solides. Elle prouve sa participation au développement de l’activité : contrats, échanges professionnels, virements bancaires. Le tribunal peut parfaitement considérer qu’elle a contribué à la création de ce patrimoine.
— Mais tout est à mon nom !
— Certes. Mais ces biens ont été acquis durant le mariage. Juridiquement, ils sont partageables. Vous auriez dû m’écouter lorsque je vous avais conseillé d’établir un contrat de mariage.
Fou de rage, Xavier lança son téléphone à travers la pièce.
La procédure judiciaire commença. Léa Richard représentait Camille, et elle le fit avec une précision redoutable.
Elle produisit chaque document. Elle démontra que Camille avait injecté son argent dans l’entreprise, tenu la comptabilité, préparé des contrats, suivi les échanges avec les clients. Elle prouva aussi qu’elle avait sacrifié sa propre carrière pour préserver le foyer et qu’elle avait quitté son emploi sur l’insistance de son mari.
Léa présenta également les preuves des infidélités de Xavier : relevés bancaires, dépenses suspectes, photographies publiées sur les réseaux sociaux où il apparaissait avec Clara Michel dans des restaurants et des hôtels.
— Ma cliente est restée loyale envers son mariage, elle a soutenu son époux et consacré ses forces à leur famille, plaida Léa devant la cour. Pendant ce temps, lui utilisait l’argent commun pour entretenir sa maîtresse. Cet élément doit être pris en compte.
La juge l’écoutait avec une attention soutenue.
Xavier, lui, était livide. Son avocat tenta bien de formuler quelques objections, mais les preuves étaient trop solides pour être écartées.
Deux mois plus tard, le tribunal rendit sa décision.
Camille se voyait attribuer soixante pour cent des biens constitués pendant le mariage, soit 354 000 €.
Xavier devait lui verser cette somme dans un délai de six mois.
