Deux mille euros, tout au plus. Juste assez pour louer une chambre pendant six mois. »
Camille Mathieu serra les poings jusqu’à s’enfoncer les ongles dans la paume.
« Tu parles sérieusement ? »
« Plus que sérieusement. Alors, à ta place, je réfléchirais très attentivement. Peut-être que le divorce n’est pas nécessaire. On peut continuer comme avant : je ne te dérange pas, tu ne me déranges pas. »
« En clair, tu voudrais que je supporte tes infidélités, ton indifférence, et que je me taise ? »
« Quelles infidélités ? » fit-il, feignant la surprise. « Tu te fais des films. »
Pourtant, une lueur moqueuse traversa son regard. Il ne cherchait même plus vraiment à dissimuler quoi que ce soit.
« Réfléchis bien, » lança Xavier Barbier en se levant. « Tu as une semaine. Si tu choisis le divorce, tu ne pourras t’en prendre qu’à toi-même. Tu finiras dehors. »
Il regagna sa chambre, la laissant seule au salon. Camille resta immobile, comme sonnée.
Que devait-elle faire ? Était-il réellement possible qu’elle perde tout ? Quinze années de mariage, son soutien au moment où l’entreprise n’était encore qu’un projet fragile, ses efforts, ses sacrifices… tout cela ne comptait donc pour rien ?
Le lendemain, Camille appela son amie d’enfance, Léa Richard. Elle travaillait comme juriste dans une grande société et s’était spécialisée dans le droit de la famille.
« Léa, j’ai besoin de ton aide. Vraiment en urgence. »
Elles se retrouvèrent dans un café. Camille lui raconta tout : les menaces de Xavier, son assurance arrogante, ses affirmations selon lesquelles elle ne recevrait absolument rien.
Léa l’écouta sans l’interrompre, notant certains détails dans un carnet.
« Camille, il bluffe. Enfin… en partie. »
« Comment ça, en partie ? »
« Oui, les biens sont à son nom. Mais tu es son épouse depuis quinze ans. La loi prévoit que tu as droit à une part de tout ce qui a été constitué pendant le mariage. L’appartement, la maison, les voitures, l’entreprise : tout peut entrer dans le partage. »
« Lui prétend que son avocat prouvera qu’il a tout financé seul. »
« Il ne le prouvera pas aussi facilement. Tu as travaillé au début, tu l’as aidé dans l’activité, tu t’occupais de la comptabilité. Est-ce que tu as gardé des preuves ? »
Camille réfléchit un instant.
« Je ne sais pas… Peut-être des documents, des mails, des échanges… quelque part. »
« Alors cherche. Absolument tout. Factures, reçus, courriers, contrats, messages. La moindre pièce qui montre que tu as participé à la construction de ce patrimoine peut être utile. »
« Et ensuite ? »
Un sourire rusé apparut sur le visage de Léa.
« Ensuite, nous préparerons une petite surprise à ton mari. Il s’imagine que tu vas prendre peur et renoncer au divorce. Au contraire, tu accepteras. Calmement, sans cris, sans scène. Et tu déposeras une demande de partage des biens, proprement constituée, avec toutes les preuves nécessaires. »
« Et qu’est-ce que je peux obtenir ? »
« En principe, la moitié. Mais il existe des leviers. Si nous démontrons que tu as davantage investi dans la famille, que tu as mis ta carrière de côté pour permettre à son entreprise de grandir, le juge peut t’attribuer une part supérieure. Soixante pour cent, par exemple. »
Camille sentit une énergie nouvelle se réveiller en elle.
« Alors on va tenter le coup. »
Durant toute la semaine, elle fouilla partout. Vieilles chemises cartonnées, disques oubliés, boîtes d’archives, messagerie électronique : elle passa tout au crible. Et ce qu’elle découvrit se révéla bien plus précieux qu’elle ne l’avait imaginé.
Il y avait des copies de contrats conclus avec les premiers fournisseurs, des documents qu’elle avait elle-même préparés et où figurait sa signature. Elle retrouva aussi des échanges avec les clients, qu’elle gérait personnellement au cours des premières années d’activité. Puis vinrent les relevés de son ancien compte : pendant cinq ans, elle avait viré à Xavier l’intégralité de son salaire pour l’aider à développer les magasins.
Elle mit également la main sur des dépenses étranges effectuées avec les cartes bancaires de Xavier : restaurants, hôtels, cadeaux coûteux. Des montants importants, manifestement pas destinés à son épouse.
