« J’ai dit non » répéta Sophie Durand, retenant son sang-froid face à ses beaux-parents

Cette injustice familiale est profondément révoltante.
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— …ça s’est compliqué, poursuivit-elle dans un soupir appuyé. Les ouvriers ont pris du retard, on nous a livré des matériaux qui ne convenaient pas… Bref, il va falloir que nous restions encore un peu chez vous.

— Encore combien de temps ? demanda Sophie Durand, d’une voix presque inaudible.

Monique Lambert eut un geste vague de la main, comme si la question n’avait aucune importance.

— Oh, deux ou trois mois, pas davantage. Franchement, où est le problème ? Nous ne vous dérangeons pas !

Sophie sentit ses doigts se refermer malgré elle. Deux ou trois mois ? Il faudrait donc supporter cela encore tout ce temps ?

— Maxime, mon chéri, lança soudain sa belle-mère d’un ton chantant, le visage illuminé par une idée nouvelle, peut-être qu’au fond nous n’avons aucune raison de nous presser avec ces travaux.

Elle marqua une pause, puis ajouta avec un naturel désarmant :

— Nous pourrions vendre notre appartement et nous installer ici, tous ensemble. Il y aura bien assez de place pour tout le monde !

Sophie resta pétrifiée.

— Mais oui, excellente idée, maman ! s’enthousiasma Maxime Renard. Tu ne trouves pas, Sophie ? Toute seule, c’est lourd à gérer pour toi. Nous, on pourrait t’aider.

Lentement, Sophie leva les yeux vers lui.

— Pardon ?

— Bien sûr, renchérit Olivier Joly, comme si tout était déjà décidé. Les jeunes ont besoin d’être épaulés. Et puis, quand les petits-enfants arriveront, nous serons là aussi.

Sophie s’assit, comme si ses jambes ne la portaient plus. Une fatigue écrasante lui tomba sur les épaules. À quel moment sa vie avait-elle basculé dans cette absurdité ? Quand avait-elle cessé d’être chez elle dans son propre appartement ?

— Non, dit-elle nettement.

— Comment ça, non ? fit Monique Lambert en se tournant brusquement vers elle.

— J’ai dit non, répéta Sophie, en luttant pour ne pas perdre le contrôle. Cet appartement est le mien. Et je ne vais pas…

— Le tien ? coupa sa belle-mère en plissant les yeux. Et la famille, alors ? Maxime, tu entends ce que dit ta femme ?

Maxime fronça les sourcils, visiblement contrarié.

— Sophie, enfin, pourquoi tu réagis comme ça ? Maman n’a pas tort. Vivre ensemble, ce serait plus simple…

— Plus simple ? Sophie se leva d’un mouvement sec. Plus simple de vivre sous surveillance permanente ? Plus simple de laisser des gens donner des ordres chez moi ?

— Des gens ? s’indigna Monique Lambert. Nous sommes des étrangers, maintenant ?

— Et cela vous donne le droit de disposer de ce qui m’appartient ? éclata Sophie, incapable de retenir davantage sa voix.

Maxime bondit à son tour.

— Arrête de parler comme ça à ma mère ! cria-t-il. Avant, tu n’étais pas comme ça…

Sophie inspira profondément, tentant d’avaler la boule douloureuse qui lui serrait la gorge.

— Oui, avant, j’étais différente. Avant de comprendre que vous aviez franchi toutes les limites.

Monique Lambert leva les mains au ciel et les agita avec indignation.

— Maxime, tu entends ça ?

Le regard de Maxime allait de sa femme à sa mère, puis de sa mère à sa femme. Mais pour Sophie, la décision était déjà prise.

— Sophie, on peut en discuter calmement…

— Non, Maxime, répondit-elle en se redressant, les larmes retenues au bord des yeux. C’est terminé. Pendant un mois et demi, je me suis tue. J’ai supporté qu’on change l’organisation de ma cuisine, qu’on déplace mes affaires, qu’on me dicte ma conduite dans mon propre logement, dans ma propre vie !

— Nous voulions seulement aider, intervint Olivier Joly avec un air embarrassé, même si sa voix trahissait surtout une résignation complète. Mettre un peu d’ordre…

— De l’ordre ? Sophie se tourna brusquement vers lui, comme s’il venait de prononcer une énormité. Qui vous a demandé de le faire ? C’est mon appartement, et ici, ce sont mes règles qui comptent.

— Quelle insolence ! siffla Monique Lambert, les lèvres pincées, le visage blême de colère. Maxime, tu vas vraiment la laisser nous parler sur ce ton ?

Sophie sentit ses dernières forces l’abandonner. À l’intérieur, il ne restait plus qu’un grand vide. Combien de temps encore devait-elle encaisser ? Combien de temps cette comédie allait-elle continuer ?

— Partez, dit-elle doucement.

Mais le mot tomba avec une telle netteté que tous, dans la cuisine, se turent aussitôt.

— Quoi ? demanda Monique Lambert, figée, sa cuillère suspendue à mi-chemin, comme si elle refusait de croire ce qu’elle venait d’entendre.

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