« J’ai dit non » répéta Sophie Durand, retenant son sang-froid face à ses beaux-parents

Cette injustice familiale est profondément révoltante.
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— Comment ça, ton appartement ? Nous vivons tous ici, et tu n’as pas à décider toute seule qui a le droit d’y rester ou non ! s’emporta la belle-mère.

— J’ai dit non, répéta Sophie Durand, en luttant de toutes ses forces pour ne pas perdre son sang-froid. Cet appartement est à moi. Et je ne vais pas…

— À toi ? la coupa Monique Lambert, plissant les yeux avec incrédulité. Et la famille, alors ? Maxime Renard, tu entends ce que raconte ta femme ?

Sophie Durand ouvrit la porte lentement, presque à contrecœur. Il était déjà près de neuf heures. Elle rentrait tard du travail, épuisée par un projet qui lui avait littéralement avalé toute la journée. Et dans l’appartement, comme d’habitude, une dispute éclatait à voix haute.

— Encore en retard ! lança Monique Lambert dès que Sophie Durand eut franchi le seuil. Maxime Renard est là, affamé !

Sophie Durand inspira profondément en retirant son manteau. Toute cette scène lui paraissait de plus en plus absurde : elle avait l’impression de ne plus entrer chez elle, mais sur un territoire étranger où elle n’était tolérée qu’en invitée.

Un mois et demi plus tôt, lorsque Maxime Renard lui avait demandé d’héberger ses parents pendant leurs travaux, elle avait accepté sans hésiter. Deux ou trois semaines, avait-il dit, rien de bien grave. Pourtant les semaines s’étaient empilées, et ses beaux-parents ne partaient toujours pas. Peu à peu, tout prenait l’allure d’un cauchemar interminable.

— Bonsoir, dit Sophie Durand en entrant dans la cuisine.

Maxime Renard et Olivier Joly étaient assis à table, les yeux rivés sur la télévision. Près de la cuisinière, Monique Lambert faisait claquer les casseroles avec agitation.

— Je t’avais demandé d’être rentrée au plus tard à sept heures ! reprit la belle-mère d’un ton accusateur. Chez nous, il y a des habitudes. Nous dînons à une heure correcte, nous !

Sophie Durand ouvrit le réfrigérateur avec lenteur, s’efforçant de ne pas laisser paraître son irritation.

— J’avais du travail, répondit-elle calmement. Il fallait absolument que je termine un dossier important.

— Le travail, toujours le travail… railla Monique Lambert. Et ton mari, qui s’en occupe ? Maxime Renard, dis-lui quelque chose !

Maxime Renard se tassa sur sa chaise, visiblement incapable de choisir un camp.

— Sophie Durand… peut-être que ce serait mieux, oui, si tu rentrais un peu plus tôt, murmura-t-il en évitant soigneusement son regard.

Sophie Durand serra les lèvres. Avant, jamais il ne lui avait reproché ses horaires. Mais depuis l’arrivée de ses parents… quelque chose en lui semblait avoir changé. Ou bien était-ce elle qui se faisait des idées ?

— Voilà, exactement, approuva Olivier Joly en détachant enfin les yeux de l’écran. Une femme doit penser à sa famille. De nos jours…

Sophie Durand se raidit. Combien de fois avait-elle déjà entendu ce fameux « de nos jours » ?

— Je vais préparer le dîner, dit-elle à mi-voix en sortant les sacs de courses.

— Inutile de te donner cette peine, répondit Monique Lambert d’un geste de la main. J’ai déjà tout arrangé. J’ai aussi réorganisé tes placards : tout était rangé n’importe comment.

Sophie Durand s’immobilisa brusquement.

— Comment ça, réorganisé ? C’est ma cuisine, Monique Lambert…

— Justement, la tienne, acquiesça la belle-mère. Et puisqu’elle est à toi, elle devrait être tenue correctement. Moi, j’ai de l’expérience en tant que maîtresse de maison.

Sophie Durand sentit la colère monter en elle, brûlante. Son regard glissa vers la table : Maxime Renard gardait la tête baissée, comme s’il espérait disparaître.

— D’ailleurs, ajouta soudain Monique Lambert en examinant les murs d’un air critique, vous devriez vraiment refaire cet appartement. Tout est si vieillot ici.

Sophie Durand serra les dents.

— Monique Lambert, dit-elle en s’efforçant de garder une voix égale, nous avions convenu que vous resteriez chez nous seulement le temps de vos travaux. Mais ils n’ont même pas commencé. Peut-être serait-il temps d’y réfléchir sérieusement ?

— Ah, ces travaux, justement… répondit Monique Lambert avec un soupir chargé d’excuses.

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