Elle tenait à la main un petit cadeau pour son mari : une tasse ornée de l’inscription « Le patron du café ». Dans l’appartement, le silence avait quelque chose de tendu, presque sonore. Pourtant, la porte de la chambre n’était pas complètement fermée. Sophie s’en approcha, jeta un coup d’œil à l’intérieur — et sentit le sang lui battre violemment aux tempes.
Monique se tenait devant la commode ouverte, dos à l’entrée. Entre son pouce et son index, comme si elle examinait un échantillon douteux sur un marché, pendait une culotte de Sophie. Un modèle tout simple, en coton, avec un petit ours délavé. Elle ne se contentait pas de la regarder. Elle l’inspectait. Elle en pinçait le tissu, plissait les yeux, semblait juger la solidité des coutures, comme si l’avenir d’une lignée de petits-enfants dépendait précisément de ce morceau de linge.
— Monique.
La voix de Sophie sortit rauque, étranglée, comme si on l’avait serrée à la gorge trop longtemps.
— Qu’est-ce que vous êtes en train de faire ?
Sa belle-mère se retourna avec une lenteur majestueuse, parfaitement calme. Elle ne lâcha pas le sous-vêtement : elle le reposa soigneusement, comme on appose un sceau. Un sceau d’approbation, ou plutôt de condamnation.
— Je vérifie, ma petite Sophie. Une bonne maîtresse de maison doit savoir dans quel état se trouvent ses… réserves stratégiques. À ce que je vois, les coutures laissent un peu à désirer.
Ce n’était plus une simple maladresse. C’était une intrusion. Une violation nette, brutale, de ce qu’il y avait de plus intime et de plus personnel.
La patience de Sophie, étirée depuis des semaines comme un fil trop mince, céda d’un coup sec.
— Vous n’avez pas le droit ! lança-t-elle, et sa voix, soudain, gagna en force. C’est à moi ! Ma commode, mes affaires ! Comment osez-vous ?
Le masque de conseillère bienveillante glissa aussitôt du visage de Monique. En dessous apparut quelque chose de froid, de dur, taillé dans la pierre. Elle avança d’un pas, et son ombre sembla recouvrir Sophie.
— Oh, mais notre petite belle-fille montre les dents, susurra-t-elle d’une voix sucrée, empoisonnée. Tu parles sérieusement ? Tu as perdu la tête ?
Puis son ton devint métallique.
— C’est la maison de mon fils. Le seul homme ici. C’est lui le maître, pas toi. Alors maintenant, tu fermes ta bouche.
