« Elle t’a complètement mis sous sa coupe ! » cracha Monique Henry à voix basse, pendant que Sophie, réveillée et figée, commençait à faire ses valises

Cette manipulation sournoise est honteuse et insupportable.
Histoires

Elle contemplait la valise comme si elle venait d’apparaître par magie.

— Tu as perdu la raison ?

— Peut-être bien, répondit Sophie en déposant le bagage près de la porte.

— Sophie ! Sophie, reviens ici tout de suite ! C’est quoi, cette comédie ?

Mais Sophie enfilait déjà son manteau. Monique Henry se mit à tourner autour d’elle, affolée, tentant de la retenir par la manche.

— Tu te rends compte de ce que tu fais ? Nicolas Faure va en tomber malade ! Et les enfants, qu’est-ce qu’ils vont penser ?

— Les enfants sont grands. Ils comprendront.

— Tu es folle ! Complètement folle ! Tout ça pour une simple discussion ?

Sophie se retourna brusquement.

— Une simple discussion ? Monique Henry, cela fait trente-cinq ans que vous me parlez ainsi !

— Je vous ai toujours parlé correctement !

— Correctement ? Sophie eut un rire sec. Vous vous souvenez, quand Benjamin Garcia est tombé malade ? Il y a deux ans ?

— Et alors ?

— Je suis restée trois semaines à l’hôpital auprès de lui. Et vous, vous avez dit à Nicolas Faure que je le faisais exprès, juste pour échapper aux tâches de la maison.

— Je n’ai jamais dit une chose pareille !

— Si. Vous l’avez dit. À moi-même. Et quand Clara Mathieu a soutenu son diplôme, vous vous rappelez ? Elle avait acheté une robe neuve, elle était ravissante. Vous avez lancé qu’elle jetait l’argent par les fenêtres et que ses parents étaient avares.

Monique Henry devint écarlate.

— Ce n’était pas… ce n’était pas comme ça !

— C’était exactement comme ça. Et des exemples pareils, il y en a des dizaines. Des centaines, Monique Henry.

À cet instant, une clé tourna dans la serrure. Nicolas Faure rentrait.

— Bonsoir ! lança-t-il d’une voix légère. Je suis rentré plus tôt aujourd’hui…

Il s’interrompit net en apercevant la valise.

— Qu’est-ce que c’est que ça ?

— Ta femme a perdu la tête ! s’écria aussitôt sa mère. Elle veut partir !

Nicolas Faure regarda Sophie, puis Monique Henry, puis le bagage.

— Sophie… tu es sérieuse ?

— Très sérieuse.

— Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

— Tu ne le sais pas ?

— Non !

— Nicolas Faure, dit Sophie en s’asseyant sur le petit banc de l’entrée. Hier, tu as parlé avec ta mère. Tu t’en souviens ?

Le visage de son mari pâlit.

— Tu… tu as entendu ?

— Chaque mot. Que je suis ingrate. Qu’il faut me remettre à ma place. Que je ne te mérite pas.

— Sophie, ce n’est pas… on ne voulait pas…

— Pas quoi ? demanda-t-elle en se relevant. Vous ne l’avez pas dit comme ça ? Ou bien ce n’était pas de moi que vous parliez ?

— Maman était seulement énervée à cause d’hier…

— À cause d’hier ? s’emporta Sophie. Parce que je n’ai pas répondu au téléphone ? J’étais en train de préparer le repas pour vous ! Votre repas !

— Sophie, calme-toi…

— Non, je ne vais pas me calmer ! Tu veux savoir la vérité, Nicolas Faure ? Pendant trente-cinq ans, j’ai été une bonne épouse. J’ai cuisiné, lavé, élevé les enfants, pris soin de toi. Et qu’est-ce que j’ai reçu en retour ?

— Mais qu’est-ce que tu racontes ? Nous sommes une famille normale !

— Normale ? Sophie laissa échapper un rire amer. Une famille normale, c’est celle où un mari critique sa femme dans son dos avec sa mère ?

— Nous ne te critiquions pas !

— Ah non ? Alors vous faisiez quoi ? Vous commentiez la météo ?

Elle se tourna vers Monique Henry.

— Et vous, au juste, qui êtes-vous pour décider de la façon dont je dois vivre ?

— Je suis sa mère ! protesta Monique Henry.

— Sa mère à lui. Pas la mienne. Je ne vous dois rien.

— Bien sûr que si ! Tu me dois du respect !

— Pour quelle raison ? Parce que vous m’humiliez ? Parce que vous vous mêlez de tout ? Parce que vous montez votre fils contre moi ?

— Nicolas ! gémit Monique Henry en portant la main à sa poitrine. Tu entends comment elle me parle ?

— J’entends, répondit-il doucement.

— Et alors ? Tu vas la laisser me traiter de cette manière ?

Un silence lourd s’abattit dans l’entrée. Sophie fixa son mari, immobile, en attente. Tout se jouait maintenant. Il allait devoir choisir.

— Maman, finit par dire Nicolas Faure, peut-être que tu n’aurais vraiment pas dû…

— Pas dû quoi ? demanda Monique Henry, incrédule.

— Parler de Sophie de cette façon.

— Tu prends son parti, maintenant ?

— Je ne prends le parti de personne. Mais… c’est ma femme. Depuis trente-cinq ans, c’est ma femme.

Monique Henry ouvrit la bouche, la referma, puis l’ouvrit de nouveau sans parvenir à trouver ses mots.

— Très bien ! lâcha-t-elle enfin. Très bien ! Puisque c’est comme ça, vous n’avez donc plus besoin de moi !

— Maman, quel rapport ?

— Le rapport, c’est que j’ai vécu toute ma vie pour vous ! Et maintenant…

Elle attrapa son sac d’un geste brusque.

— Parfait ! Vivez donc sans moi !

La porte claqua derrière elle. Nicolas Faure et Sophie restèrent seuls dans l’entrée.

— Sophie, dit-il en s’approchant d’elle, pourquoi fallait-il aller jusque-là ? Elle est âgée, tu sais…

— Nicolas Faure, répondit Sophie d’une voix lasse.

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