« Très bien. Je vais vous montrer. » dit Sophie d’un calme glacial en repliant les feuilles en un minuscule carré

Cette domination hypocrite est profondément injuste et révoltante.
Histoires

C’étaient les économies qu’elle mettait de côté depuis des mois pour s’acheter un manteau. Elle n’hésita pas une seconde.

Monique Duval apparut pour le petit-déjeuner, drapée dans un élégant peignoir de soie. En découvrant Sophie apprêtée avec soin, elle pinça les lèvres d’un air réprobateur.

— Pourquoi es-tu déjà habillée ainsi ? Tu vas passer la journée derrière les fourneaux. Va te changer immédiatement.

— J’ai autre chose de prévu, répondit calmement Sophie en lui tendant l’enveloppe. C’est pour vous. Pour votre anniversaire de mariage.

La belle-mère ouvrit le pli. À mesure qu’elle lisait, ses yeux s’arrondirent.

— Une journée au spa ? Sophie, quelle attention délicate ! Mais aujourd’hui, ce n’est pas possible, je dois superviser le repas, accueillir les invités…

Sophie prit place en face d’elle, soutenant son regard sans ciller.

— Vous voulez que Hélène Durand vous trouve resplendissante, n’est-ce pas ? Imaginez sa tête en vous voyant transformée. Elle qui ne cesse de vanter son esthéticienne… Tout le monde vous demandera votre secret. Quant au dîner, je m’en occupe. Vous pouvez partir l’esprit tranquille.

Un silence pesa quelques secondes. Les doigts de Monique caressaient machinalement le papier glacé du bon. L’idée fit son chemin. Son orgueil eut le dernier mot.

— Après tout… Hélène adore se pavaner avec ses soins hors de prix. Cela lui fera les pieds. Olivier peut me conduire ?

— Bien sûr.

Sophie appela son mari. Olivier Nguyen arriva encore ensommeillé, visiblement contrarié d’être tiré du lit. Il écouta les explications, grogna un assentiment vague. Une demi-heure plus tard, ils quittaient l’appartement. Le calme retomba aussitôt.

Sophie entra dans la chambre. Elle sortit du placard une robe noire achetée la veille dans une friperie, ainsi qu’une paire d’escarpins. Elle téléphona ensuite à Pauline Fournier, une connaissance qui arrondissait ses fins de mois comme maquilleuse. À dix-sept heures précises, tout était prêt : coiffure impeccable, maquillage lumineux, silhouette élancée dans la robe sombre. Face au miroir, elle se contempla longuement. Elle avait l’impression de revoir la femme qu’elle avait été autrefois. Vivante.

Elle ne mit pas les pieds dans la cuisine.

Les premiers invités sonnèrent vers dix-huit heures trente. Brigitte Dumas, grande femme corpulente à la voix tonitruante, pénétra la première dans le salon… et s’immobilisa net.

La table était dressée avec une perfection presque solennelle. Nappe blanche repassée sans le moindre pli, bougies alignées, verres en cristal étincelants, couverts disposés pour huit convives. Chaque détail respirait le soin.

Mais aucun plat n’y figurait.

— Sophie… et les amuse-bouches ? demanda Brigitte, déconcertée.

— Patience, répondit-elle avec un sourire mystérieux. Nous attendons les héros du jour.

Peu à peu arrivèrent les amies de Monique et les collègues d’Olivier. Tous chargés de bouquets, de paquets soigneusement emballés, élégants et bavards. Ils prirent place, échangeant des regards perplexes vers la table vide. Quelqu’un plaisanta sur un nouveau régime à la mode. Des rires nerveux éclatèrent.

Sophie servait de l’eau minérale avec une tranquillité désarmante. Elle souriait. Elle patientait.

À dix-neuf heures, la porte d’entrée s’ouvrit. Olivier et sa mère étaient de retour. Monique Duval fit une entrée triomphale. Son teint rayonnait après le soin, ses cheveux ondulaient parfaitement, ses ongles brillaient d’un vernis impeccable. Elle ôta son manteau avec grâce et s’avança vers le salon.

Elle s’arrêta brusquement.

La table nue. Huit invités figés, l’incompréhension peinte sur leurs visages. Sophie, en robe noire, un verre d’eau à la main.

— Mais… qu’est-ce que cela signifie ?! lança Monique, la voix soudain brisée.

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