« Je t’interdis formellement d’y aller ! » lança Monique en déboulant dans la cuisine, la confirmation de réservation à la main

Égoïsme intolérable, projets tendres injustement bafoués.
Histoires

— J’ai élevé un fils ingrat, siffla-t-elle entre ses dents. J’ai consacré ma vie entière à toi… et toi, tu me tournes le dos pour… pour une étrangère !

— Camille n’est pas une étrangère. C’est ma femme, répondit Hugo d’un ton tranchant. Et si tu refuses de l’accepter, alors… j’en suis profondément désolé.

Sans ajouter un mot, Monique fit volte-face et se dirigea vers la porte. Arrivée sur le seuil, elle se retourna une dernière fois, le regard dur.

— Tu le regretteras, Hugo. Le jour où elle te quittera — parce qu’elle te quittera, tu verras — ne viens surtout pas pleurer chez moi !

La porte claqua si violemment que les vitres en vibrèrent.

Hugo et Camille restèrent figés au milieu de la cuisine. Un silence pesant s’installa, chacun tentant d’assimiler ce qui venait de se produire.

— Merci, murmura finalement Camille.

Hugo l’attira contre lui et la serra avec force.

— Pardonne-moi d’avoir attendu si longtemps avant de réagir. C’est… c’est ma mère, tu comprends…

— Je comprends, répondit-elle en posant la tête sur son épaule. Mais je commençais à croire que tu ne prendrais jamais ma défense.

— J’ai toujours été de ton côté. Simplement… j’avais peur de la blesser. Elle m’a élevé seule, elle a fait tant de sacrifices…

— Cela ne lui donne pas le droit de diriger ton existence, dit doucement Camille. Tu as le droit de fonder ta propre famille, de faire tes propres choix.

Hugo acquiesça lentement.

— Peut-être que tout cela était inévitable. On ne peut pas vivre éternellement sous ses ordres.

Les jours suivants s’écoulèrent dans un calme étrange. Monique ne donna aucun signe de vie — chose inhabituelle pour elle qui appelait d’ordinaire plusieurs fois par jour afin de savoir ce que faisait son fils à chaque instant.

— Tu crois que je devrais l’appeler ? proposa Hugo le troisième jour. Et s’il lui était arrivé quelque chose ?

Camille secoua la tête.

— C’est exactement ce qu’elle espère. Que tu accoures pour t’excuser.

— Oui, mais si elle est malade…

— Si elle était souffrante, elle t’aurait déjà téléphoné dix fois pour s’en plaindre, répliqua Camille avec pragmatisme. Ta mère n’est pas du genre à endurer en silence.

Effectivement, au cinquième jour, Monique refit surface — non pas en personne, mais par l’intermédiaire d’Odette, la tante de Hugo.

— Hugonou, que se passe-t-il chez vous ? demanda-t-elle d’une voix inquiète. Monique est dans tous ses états, elle pleure du matin au soir !

— Tante Odette, c’est elle qui a provoqué cette situation, répondit Hugo avec lassitude. Elle m’a posé un ultimatum : soit elle, soit ma femme. Qu’aurais-je dû faire ?

— Je ne sais pas… Peut-être aurais-tu pu t’y prendre avec plus de douceur… Elle t’a élevé toute seule, après tout.

— Je lui en suis reconnaissant. Mais cela ne signifie pas que je doive vivre selon ses directives toute ma vie.

Odette soupira.

— Elle n’agit pas par méchanceté. Elle a peur de te perdre. Tu es son unique enfant.

— Elle ne me perdra pas. Mais elle doit accepter que j’aie une épouse. Et qu’elle la traite avec respect.

— Je lui parlerai, promit Odette. Mais réfléchis aussi : peut-être pourrais-tu faire le premier pas. C’est ta mère, malgré tout…

Après avoir raccroché, Hugo resta longtemps pensif.

— Tu crois que je devrais aller vers elle ? demanda-t-il à Camille. Pour apaiser les choses ?

— Et qu’est-ce que cela changerait ? répondit-elle calmement. Tu présenterais des excuses, elle ferait semblant d’oublier, et tout recommencerait. Elle chercherait encore à contrôler nos décisions, me lancerait des piques et te culpabiliserait.

— C’est ma mère…

— Je ne te demande pas de la rayer de ta vie. Je veux simplement qu’elle me respecte. Est-ce vraiment excessif ?

Hugo secoua la tête.

— Non. Tu as raison. Si nous cédons maintenant, rien n’évoluera.

Une semaine passa. Il ne restait plus que trois jours avant leurs vacances, et pour la première fois depuis des mois, ils préparaient leurs valises sans redouter une intrusion ou un appel intempestif. Ils avaient le sentiment de respirer enfin, libérés du contrôle permanent de la belle-mère.

C’est alors que la sonnette retentit.

Sur le pas de la porte se tenait Monique. Mais ce n’était plus la femme fière et combative qu’ils connaissaient. Ses épaules semblaient voûtées, son visage tiré, comme si ces quelques jours l’avaient vieillie de plusieurs années.

— Puis-je entrer ? demanda-t-elle d’une voix inhabituellement basse.

Hugo, décontenancé, s’écarta pour la laisser passer. Camille sortit de la chambre et s’immobilisa en la voyant.

— Je… j’aimerais vous parler, dit Monique. À vous deux.

Ils s’installèrent dans le salon. Monique prit place dans le fauteuil, les doigts étroitement entrelacés sur ses genoux, visiblement en quête des mots qu’elle devait prononcer.

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