« Dans cet appartement, ce sera moi qui habiterai, et moi seule ! » déclara la belle-mère d’un ton catégorique, laissant Audrey et Gabriel sous le choc

Cette arrogance familiale est moralement odieuse.
Histoires

Gabriel n’avait pas insisté davantage. Fidèle à lui‑même, il évitait les affrontements dès qu’une discussion menaçait de s’envenimer.

L’achat fut réglé sans complications. Quinze jours plus tard, Audrey Roux serrait dans sa paume le trousseau de clés de son propre appartement. Elle traversait les pièces encore vides avec un enthousiasme presque enfantin, imaginant déjà l’aménagement : le canapé près de la baie vitrée, un carrelage clair dans la salle de bains, un immense miroir dans l’entrée pour agrandir l’espace. Gabriel l’observait, attendri par son excitation, et l’aidait à mesurer les murs à l’aide d’un mètre ruban.

— Nous devrions appeler mes parents pour les remercier encore une fois, suggéra Audrey en s’asseyant sur le rebord de la fenêtre. Sans eux, nous aurions économisé pendant des années.

— Oui, bien sûr… Et je dois aussi prévenir ma mère, ajouta Gabriel en sortant son téléphone.

Audrey releva brusquement la tête.

— Pourquoi faire ?

— Parce que c’est ma mère. J’ai envie de partager la nouvelle avec elle.

Elle s’apprêtait à protester, puis se ravisa. Trop tard : il composait déjà le numéro.

— Bonjour, maman ! On a quelque chose à t’annoncer… On a acheté un appartement. Trois pièces, en plein centre-ville, quatre‑vingts mètres carrés… Oui, neuf… Oui, il est au nom d’Audrey, ses parents ont financé la plus grande part… Non, maman, je comprends… C’est simplement plus simple ainsi…

Audrey suivait la conversation à distance, une inquiétude sourde lui nouant l’estomac. Monique Mathieu n’était pas une femme facile. Elle intervenait sans cesse dans leur vie, prodiguait des conseils dont personne ne voulait et, pire encore, estimait que son fils lui devait tout. Audrey avait toujours tenté de garder une certaine réserve à son égard, mais l’exercice s’était révélé délicat.

— Maman veut voir l’appartement, annonça Gabriel en raccrochant. Je l’ai invitée la semaine prochaine.

— Formidable, répondit Audrey d’un ton neutre, où ne perçait aucune joie.

La semaine passa à toute allure. Ils commandèrent les meubles, engagèrent une petite équipe pour effectuer quelques travaux de finition. Un réfrigérateur flambant neuf trônait déjà dans la cuisine, accompagné d’une table modeste et de deux chaises. Le vendredi soir, Gabriel rappela à sa femme que sa mère arriverait le lendemain.

— S’il te plaît, fais un effort avec elle. Je sais que vous n’êtes pas très proches, mais ça reste ma mère.

— Je suis toujours correcte, répliqua Audrey, piquée.

Le samedi matin, la sonnette retentit. Audrey ouvrit la porte… et resta figée. Sur le palier se tenait Monique Mathieu, deux énormes sacs à la main et un troisième posé à ses pieds.

— Bonjour, ma petite Audrey, lança-t-elle avec un sourire forcé. Aide-moi donc à rentrer tout ça.

Machinalement, Audrey saisit l’un des sacs et s’écarta pour la laisser passer. Monique pénétra dans l’appartement et balaya les lieux d’un regard critique.

— Hum… Ce n’est pas mal. Personnellement, j’aurais organisé l’espace autrement, mais enfin… ça peut aller.

Gabriel sortit de la salle de bains, s’essuyant les mains avec une serviette.

— Salut, maman ! Le trajet s’est bien passé ?

— Très bien, mon chéri. J’ai apporté quelques affaires.

— Des affaires ? répéta Audrey en déposant le sac sur le sol.

Monique se redressa, croisa les bras et fixa sa belle-fille droit dans les yeux.

— Mon fils m’a dit que vous aviez acheté un trois‑pièces en centre-ville. Eh bien, c’est ici que je vais vivre désormais.

Audrey cligna des yeux, persuadée d’avoir mal compris.

— Pardon ?

— Je m’installe ici. Mathieu se marie dans six mois ; mon appartement lui reviendra, à lui et à sa fiancée. Il me faut donc un nouveau toit. Et celui-ci convient parfaitement : central, spacieux, trois chambres… exactement ce qu’il me faut.

Le sang afflua au visage d’Audrey. Elle sentit la colère monter, brûlante, et dut faire un effort immense pour ne pas la laisser exploser sur-le-champ.

Pages Réelles