« Je suis la fiancée de Lucas ! » annonça Amandine, sourire fébrile tandis que Chloé restait figée

Cette confrontation imprudente est profondément injuste et humiliante.
Histoires

La porte s’ouvrit presque aussitôt qu’elle eut sonné.

— Je suis contente de vous voir, dit Chloé avec un sourire qui trahissait mal l’agitation qu’elle tentait de dissimuler.

— Bonjour, ma chère, répondit Françoise d’une voix posée, effleurant la joue de sa belle-fille d’un geste léger. Où est notre petite princesse ?

— Dans sa chambre… elle range, murmura Chloé en baissant les yeux.

— Elle a encore tout éparpillé ? demanda Françoise en retirant ses chaussures avant d’entrer dans le salon.

Mais à peine eut-elle fait quelques pas qu’elle s’immobilisa. La pièce ne ressemblait plus au cocon ordonné qu’elle connaissait. Une dizaine de cartons à moitié remplis s’entassaient contre les murs ; des vêtements, des jouets, des livres gisaient un peu partout, comme si l’appartement avait déjà commencé à se vider de sa vie.

— Deux semaines, lâcha Chloé d’un ton éteint, en prenant un livre sur l’étagère pour le déposer machinalement dans un carton.

Françoise s’approcha aussitôt, reprit l’ouvrage et le remit à sa place avec une fermeté tranquille.

— Non. On suspend tout pour quelques jours. Pousse ces cartons dans un coin, veux-tu ? Je n’ai pas encore parlé à mon fils. Et ses fameux déplacements « professionnels » ont souvent la particularité de s’éterniser quand ça l’arrange.

— Je… oui… balbutia Chloé, visiblement perdue, son regard oscillant entre le désordre et sa belle-mère.

— Et maintenant, où se cache mon trésor ? Camille ! appela Françoise.

La porte de la chambre s’ouvrit brusquement et une petite silhouette bondit vers elle.

— Mamie !

La fillette se jeta dans ses bras. Françoise la serra contre elle avec une tendresse débordante.

— Oh, mon petit soleil… ma merveille… ma perle précieuse…

— Mamie, mamie… chuchotait Camille en se blottissant contre elle.

— Et si nous allions au parc ? Nous montrerons aux feuilles d’automne quelle grande artiste tu es devenue, proposa Françoise en la gardant contre elle.

Chloé hésita, les yeux rivés aux cartons.

— D’ici la fin de la semaine, dit Françoise avec douceur, mais d’un ton qui n’admettait pas la contradiction. Accorde-moi ce délai.

Un souffle de soulagement passa sur le visage de Chloé.

— D’accord.

Elle partit s’habiller. Dans sa démarche persistait une incertitude profonde, mais une lueur fragile d’espoir venait d’y naître.

Quelques jours plus tard, baignée par la lumière dorée d’un après-midi d’automne, la salle d’un restaurant chic étincelait de reflets chaleureux lorsque Françoise y fit son entrée. Elle repéra immédiatement Lucas, installé près de la baie vitrée. À sa table se tenait une jeune femme aux traits délicats.

Françoise s’assit sans précipitation et fixa son fils.

— Lucas. Je pensais que cette rencontre serait… privée, dit-elle calmement. Veux-tu m’expliquer la présence de cette personne ?

— Maman, voici Amandine. Ma fiancée, répondit-il en fronçant légèrement les sourcils.

— Comme c’est attendrissant. Pourtant, mon invitation ne s’adressait qu’à toi. Je ne comptais pas assister à la présentation de… caprices passagers.

Amandine sentit le froid glacial de ces mots. Elle pâlit.

— Je peux peut-être vous laisser seuls ? suggéra-t-elle timidement.

— Non, trancha Lucas, posant une main ferme sur son épaule. Je n’ai rien à lui cacher. Elle saura tout de toute façon.

— Très bien. Qu’elle reste, alors. Elle comprendra plus vite le charme réel de son choix, répondit Françoise avec un sourire qui n’atteignit pas ses yeux.

Les cils d’Amandine frémirent.

— Lucas, poursuivit Françoise en ajustant son collier de perles avec une précision presque cérémonieuse, nous allons parler de l’appartement. De ton initiative ambitieuse visant à mettre Chloé à la porte.

— La décision est prise. Il n’y a plus rien à discuter, affirma-t-il en se renversant sur sa chaise, feignant la décontraction.

— Une décision n’est définitive que lorsque toutes les parties sont d’accord. Or, je ne le suis pas.

— J’ai besoin de cet appartement. Je vais épouser Amandine et nous y vivrons, insista-t-il, la voix plus haute.

— Non. Et je vais t’expliquer pourquoi.

Elle tourna vers Amandine un regard faussement compatissant.

— Ma chère, vous devriez peut-être vous poudrer le nez. Vous risquez d’entendre des choses peu compatibles avec vos illusions romantiques.

— Reste assise, dit Lucas sèchement, resserrant sa main sur l’épaule de la jeune femme.

— Je ne pensais qu’à sa sensibilité, répliqua Françoise d’un ton presque surpris.

Puis elle se tourna de nouveau vers son fils.

— L’appartement dans lequel Chloé vit avec ma petite-fille m’appartient légalement. Tout comme celui que j’occupe.

— C’est purement administratif ! protesta Lucas. Je les ai mis à ton nom pour…

— Pour alléger ta fiscalité, compléta-t-elle. Et c’est précisément ce qui te rattrape aujourd’hui. Tu as acquis cet appartement, tu me l’as transféré, puis tu l’as récupéré quand cela t’a arrangé. En revanche, la taxe liée à cette donation… curieusement, elle n’a jamais été réglée.

— Ne te mêle pas de mes finances ! gronda-t-il.

— Je crains que ce soit inévitable, mon fils. Officiellement, je suis l’unique fondatrice de tes deux sociétés. Sur le papier que tu qualifies si volontiers de simple formalité.

Lucas la fixa, déconcerté.

— Ce n’est qu’une convention…

— J’ai examiné les comptes. Ligne par ligne. Les revenus déclarés ne correspondent en rien aux flux réels. L’écart atteint un facteur vingt. Ce n’est pas une étourderie comptable, Lucas. C’est un système.

Son visage se vida de sa couleur.

— Tu as vérifié ?

— En tant que fondatrice, j’ai un accès total. Et ce qui m’a le plus choquée n’est pas l’ampleur des sommes, mais l’audace avec laquelle tu imites ma signature sur certains ordres de paiement. Maladroitement, d’ailleurs.

— Tout cela est fictif…

La main de Françoise s’abattit sur la table. La porcelaine tinta.

— Un mot de plus sur le caractère “fictif” et je te licencie immédiatement. À compter d’aujourd’hui. Ce n’est pas une abstraction, Lucas. C’est une réalité juridique.

Il rougit violemment ; les veines de son cou saillaient. À côté de lui, Amandine semblait prête à défaillir.

— Tes entreprises te nourrissent, mais elles me doivent leur existence légale. Je connais tes revenus véritables. Et je sais combien tu verses à Chloé pour l’entretien de ta fille — une somme dérisoire au regard de tes moyens.

Elle articula chaque mot avec une lenteur implacable.

— Voici ma proposition. Tu rédiges immédiatement un acte de donation transférant l’appartement à Chloé. Dès le mois prochain, tu quadruples la pension alimentaire. Une pension calculée sur tes revenus réels. Sinon…

Lucas serra les dents.

— Sinon quoi ?

Françoise le fixa sans ciller, son regard devenu d’une dureté absolue.

— Première option…

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