« Tais-toi donc et fais ce qu’on te demande ! » hurla Brigitte devant toute la famille, tandis que Nicolas resta muet

Cette intrusion odieuse m'a laissée furieusement vulnérable.
Histoires

— Tais-toi donc et fais ce qu’on te demande !

La voix de ma belle-mère claqua dans ma cuisine avec une telle violence que même mon mari cessa de mâcher.

Je restai figée devant l’évier, une assiette encore humide entre les mains. Autour de la grande table étaient installés douze membres de la famille de Nicolas : sa sœur, Céline, son mari, deux tantes, trois cousins, un oncle, ainsi que quelques amis proches de ma belle-mère.

Et, au milieu de tout ce monde, Brigitte se tenait les bras croisés, comme si elle venait de remettre à sa place une domestique insolente.

Sauf que cette prétendue domestique, c’était moi.

Et la maison dans laquelle elle venait de me hurler dessus était la mienne.

— Pardon ? demandai-je d’une voix lente.

Brigitte leva les yeux au ciel.

— Oh, Marie, ne recommence pas avec tes petites comédies. Tu as parfaitement compris ce que je viens de dire.

Je posai l’assiette sur le plan de travail.

— Oui, j’ai compris. Je voulais simplement être certaine que tu avais réellement osé me parler sur ce ton.

Nicolas déposa sa fourchette.

— Marie, s’il te plaît…

Je tournai la tête vers lui.

Bien sûr.

« Marie, s’il te plaît. »

Jamais : « Maman, ça suffit. »

Jamais : « Ne parle pas ainsi à ma femme. »

Cela faisait huit ans que nous étions mariés, et chaque fois que sa mère franchissait une limite, Nicolas ressortait exactement la même phrase.

Marie, s’il te plaît.

Comme si le problème n’avait jamais été ce que Brigitte faisait, mais toujours ma manière de réagir.

Tout avait commencé trois heures plus tôt.

Pour ce dimanche-là, j’avais prévu un déjeuner tranquille.

Deux jours auparavant, Brigitte m’avait appelée.

— Dimanche, vers midi, nous passerons chez vous.

— Qui ça, “nous” ?

— La famille.

J’aurais dû poser davantage de questions.

À midi et quart, trois voitures s’arrêtèrent devant ma maison.

Douze personnes en descendirent.

Personne ne m’avait prévenue.

Brigitte entra simplement, comme si tout était déjà décidé, un immense plat entre les mains.

— Nous avons choisi de déjeuner ici. Chez toi, il y a plus de place.

Chez moi.

Elle savait donc très bien dans quelle maison elle se trouvait.

Pendant les deux heures qui suivirent, je ne fis qu’aller et venir entre la cuisine et la salle à manger.

J’apportai des chaises supplémentaires.

Je préparai deux salades.

Je mis les pommes de terre au four.

J’ouvris plusieurs bouteilles.

Je sortis des assiettes et des couverts en plus.

Et au moment où j’allais enfin m’asseoir pour avaler quelque chose, Brigitte me tendit son assiette.

— Marie, la viande est froide.

Je la regardai.

— Le micro-ondes est juste derrière toi.

Son front se plissa.

— Tu ne pourrais pas me la réchauffer ?

— Cela fait deux heures que je sers tout le monde. Maintenant, j’aimerais manger, moi aussi.

Quelques invités baissèrent les yeux.

Céline, elle, eut un petit sourire.

— Maman aime manger chaud. Tu le sais très bien.

— Dans ce cas, maman sait aussi se servir d’un micro-ondes.

Le sourire de Céline disparut aussitôt.

Brigitte se redressa, raide et offensée.

— Quelle façon de recevoir sa famille…

J’inspirai profondément.

— Brigitte, vous êtes arrivés à douze sans que personne ne me prévienne.

— Nous sommes la famille de Nicolas.

— Et alors ?

— Alors tu pourrais au moins faire un petit effort.

Je ne répondis pas.

Je ne voulais qu’une chose : éviter une scène.

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