« Tante Élise, maman a dit qu’on allait habiter chez vous ! » s’écria Lucas, tandis qu’Élise restait figée au seuil, voyant la voiture de Camille filer

Égoïste et indigne, une décision intolérable.
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— Tante Élise, maman a dit qu’on allait habiter chez vous !

Élise resta figée sur le seuil, les yeux rivés au palier. Dans l’entrée étroite s’entassaient ses quatre neveux. L’aîné, Lucas, venait tout juste d’avoir dix ans ; la petite dernière, Chloé, n’en avait que quatre. Les deux autres, Hugo et Gabriel, se collaient à leur grand frère comme à un rempart. À côté des pieds de Lucas, un énorme sac à carreaux gisait tristement, avec une tong en caoutchouc qui dépassait.

En bas, la porte de l’immeuble claqua lourdement. Élise fit un pas vers la fenêtre de la cage d’escalier et jeta un regard dans la cour. La voiture bordeaux de sa belle-sœur filait déjà vers l’avenue, pneus crissant, comme si elle prenait la fuite.

— Magnifique idée, vraiment, lâcha Élise d’un ton sec en sortant son téléphone.

Elle ferma les paupières une seconde, le temps de calmer les battements affolés de son cœur. Thomas, son mari, était parti la veille au soir pour une longue mission, et Camille, sa sœur, le savait parfaitement. Elle savait aussi qu’Élise travaillait depuis chez elle, plongée dans des dossiers comptables interminables. Ce qui, dans la logique inébranlable de la famille, signifiait qu’elle passait simplement ses journées devant l’ordinateur à ne rien faire.

Toute la semaine précédente, Camille s’était plainte dans la conversation familiale. Elle répétait qu’elle était épuisée, qu’une mère seule avait bien droit à un peu de repos, et qu’un séjour au bord de la mer lui ferait un bien fou. Personne, parmi les proches, ne s’était proposé pour jouer gratuitement les nounous pendant deux semaines. Alors Camille, sans scrupules, avait décidé de mettre tout le monde devant le fait accompli.

Élise composa son numéro. Les sonneries s’étirèrent longuement avant qu’on décroche enfin. En fond, on entendait le brouhaha d’un aéroport et des annonces de départ.

— Élise, surtout, ne te fâche pas ! lança Camille d’une voix insupportablement enjouée. J’ai trouvé un séjour de dernière minute, presque donné !

— Camille, tu as perdu la tête ? répondit Élise en baissant le ton pour ne pas affoler les enfants, toujours plantés là avec leurs manteaux. Quel bord de mer ? J’ai le bilan annuel qui me tombe dessus, je ne quitte plus mon ordinateur.

— J’ai revu Julien, il m’a invitée, gazouilla Camille, ravie, sans écouter un mot de sa belle-sœur. Je ne pouvais quand même pas laisser passer une occasion pareille ! Ça fait cinq ans que je n’ai pas pris de vraies vacances. Avec ces petits monstres, je ne vois plus la lumière du jour.

— Et moi, je les nourris avec quoi ? demanda Élise, la gorge serrée par l’indignation. Où veux-tu que je les fasse dormir dans notre deux-pièces ? Reviens les chercher.

Au bout du fil, Camille eut un petit rire agacé.

— Oh, débrouille-toi un peu ! Fais des pâtes, ils ne sont pas difficiles. Tu jettes un matelas par terre, ils ne sont pas en sucre. C’est la famille, non ? Tu ne vas pas me faire ça. Aide-moi, Élise, sois sympa !

— Où sont les papiers des enfants ? Les actes de naissance, les cartes Vitale ?

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