« J’ai acheté un toit. Pour ma fille et pour moi », répliqua Caroline, la voix lasse tandis que sa belle‑mère s’insurge et que Marc baisse les yeux

Un égoïsme insupportable et profondément révoltant.
Histoires

— Laetitia est votre cadette, rappela Caroline d’une voix lasse. Elle a trente-deux ans. De quelles études parlez-vous encore ?

— Elle veut s’inscrire à une formation !

— Et Marc, pour quelle raison aurait-il besoin d’une voiture ? Il n’a même pas le permis.

— Il le passera !

Caroline ferma un instant les paupières. Tout cela devenait délirant, comme une absurdité qui grossissait à vue d’œil.

— Hélène, cet argent m’appartenait. Il venait de ma grand-mère. J’avais parfaitement le droit de m’acheter un logement.

— Un logement, tu en as déjà un. Ici !

— Non. Ici, c’est chez vous. Pas chez moi.

— Mais nous sommes une famille !

— Une famille où, depuis cinq ans, je vis comme une invitée tolérée. Une famille où je ne peux même pas préparer le dîner sans vous demander la permission.

Hélène Simon leva les bras au ciel, outrée.

— Marc ! Tu entends la façon dont elle me parle ?

Marc, appuyé contre le mur, ne disait rien.

— Marc, dit Caroline en se tournant vers lui. Dis quelque chose.

Il releva enfin la tête. Son regard passa de sa mère à sa femme, puis revint au sol.

— Eh bien… maman n’a pas complètement tort, Caroline. Tu aurais dû nous en parler. C’est une grosse somme.

— Ma grosse somme.

— Oui, mais nous formons une famille…

— Donc ta mère a raison ? demanda-t-elle calmement, chaque mot tombant comme une pierre. J’aurais dû vous remettre l’argent au lieu d’acheter un appartement pour Margaux et moi ?

Marc hésita, mal à l’aise.

— Pas le remettre… mais au moins en discuter.

— En discuter avec qui ? Avec toi ? Avec ta mère ? Avec ta sœur, qui débarque une fois par mois pour demander de l’argent ?

— Caroline, tu deviens complètement déraisonnable ! s’indigna Hélène Simon.

— Non. Pour la première fois en cinq ans, j’ai simplement fait ce que moi je voulais. Pas ce que vous vouliez.

Elle tourna les talons, entra dans la chambre où Margaux dormait et réveilla doucement sa fille.

— Mon cœur, prends tes jouets. On s’en va.

— Où ça ? murmura Margaux, encore ensommeillée.

— Dans notre nouvelle maison.

Il ne fallut pas plus de vingt minutes à Caroline pour rassembler l’essentiel. Deux sacs : des vêtements, les papiers importants, quelques affaires de toilette et les jouets préférés de Margaux. Le reste n’avait aucune importance.

Marc resta planté dans l’encadrement de la porte.

— Tu vas vraiment partir ?

— Oui.

— Caroline, c’est ridicule. Tout ça pour quoi ?

Elle s’arrêta et le regarda droit dans les yeux.

— Pour toutes les fois où, en cinq ans, tu ne t’es jamais rangé de mon côté. Pas une seule fois tu n’as dit à ta mère : « Ça suffit. » Pas une seule fois tu ne m’as protégée.

— Je voulais juste éviter les disputes…

— Moi, je refuse de continuer à vivre dans un endroit où l’on ne me respecte pas.

Derrière elle, Hélène Simon criait encore, parlant d’ingratitude, d’égoïsme et de jeunesse mal élevée. Caroline ne se retourna pas.

Elle prit Margaux par la main, commanda un taxi et partit.

Lorsqu’elles arrivèrent dans l’appartement, la nuit était déjà tombée. Margaux courait d’une pièce vide à l’autre, fascinée par l’écho de sa propre voix. Caroline étendit une couverture sur le sol et sortit un thermos de thé.

— Maman, on va vraiment habiter ici maintenant ? demanda la petite.

— Oui, mon trésor.

— Et papa ?

— Papa… pour l’instant, il reste chez mamie.

— Pourquoi ?

Caroline serra sa fille contre elle.

— Parce que parfois, les adultes ont besoin de vivre séparément quelque temps. Pour réfléchir.

Margaux hocha la tête avec ce sérieux d’enfant qui surprenait toujours sa mère.

Elles restèrent assises par terre, buvant dans la même tasse, les yeux tournés vers les lumières de la ville. Autour d’elles, tout était calme. Paisible.

Pour la première fois depuis cinq ans, Caroline respirait vraiment.

Marc appela tous les jours. D’abord furieux, puis suppliant, puis presque désespéré.

— Caroline, arrête tes bêtises. Reviens.

— Non.

— Maman est blessée.

— Moi aussi.

— Bon, qu’est-ce que tu veux, à la fin ?

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