Elle prenait part à des projets internationaux, suivait des formations complémentaires, apprenait à maîtriser de nouveaux logiciels et ne cessait d’élargir ses compétences.
Son salaire dépassait largement celui de son mari.
Pourtant, jamais elle n’en avait fait un sujet.
Jamais elle ne s’en était servie pour le blesser.
Jamais elle n’avait lancé, même dans une dispute :
« Je gagne plus que toi. »
Bien au contraire.
Camille cherchait toujours à l’encourager.
Quand Julien avait voulu s’acheter une moto, c’était elle qui avait contribué à financer une partie de l’achat.
Lorsqu’il avait eu besoin d’argent pour réparer sa voiture, elle avait puisé sans hésiter dans son compte d’épargne.
Et quand il était resté sans emploi pendant presque six mois, c’était son salaire à elle qui avait permis au foyer de tenir debout.
Elle ne voyait là aucun sacrifice héroïque.
Pour elle, c’était simplement cela, aimer.
Mais Julien, de plus en plus souvent, recevait la réussite de sa femme comme une humiliation personnelle.
Au début, cela prenait la forme de plaisanteries en apparence anodines.
— Évidemment, madame la directrice sait toujours mieux que tout le monde.
Puis les reproches avaient suivi.
— Tu passes beaucoup trop de temps au bureau.
Ensuite étaient venues les exigences.
— Une femme normale rentre chez elle avant son mari.
Plus tard, les interdictions avaient commencé.
— Ne va pas voir tes copines.
— Ne t’inscris pas au yoga.
— Ne reste pas tard le soir.
À chaque fois, Camille cédait.
Un tout petit peu.
Pour éviter une dispute.
Pour préserver le calme à la maison.
Pour ne pas devoir écouter une nouvelle série d’accusations.
Elle ne s’était même pas rendu compte qu’à force de reculer, elle abandonnait peu à peu des morceaux d’elle-même.
Elle avait cessé de voir ses amis.
Elle avait renoncé aux escapades qu’elle aimait tant.
Elle avait rangé ses robes préférées au fond du placard pour porter des tenues plus discrètes.
Elle avait pris l’habitude de se justifier sans cesse.
Devant son propre mari.
Devant l’homme qui, autrefois, lui avait murmuré :
— J’aime ta force.
Mais les femmes fortes ne sont souvent admirées que tant qu’elles restent commodes.
Le jour où elles commencent à vivre selon leurs propres règles, leur indépendance devient soudain insupportable.
— Et selon toi, comment doit se comporter une épouse normale ? demanda Camille.
Sa voix tremblait.
Pas de peur.
De douleur.
Julien eut un rictus.
— Le dîner doit être prêt. La maison doit être tenue. Une femme doit être auprès de son mari, pas courir partout avec ses amies.
Camille le fixa sans répondre.
Chacune de ses paroles tombait en elle comme une pierre lourde.
Était-ce donc ainsi qu’il l’avait vue pendant toutes ces années ?
Comme quelqu’un chargé de le servir ?
Une personne censée répondre à ses besoins ?
Pas une partenaire.
Pas une femme aimée.
Pas une amie.
Seulement une fonction.
— C’est mon argent, dit-elle enfin.
— Non, répondit-il sèchement. C’est l’argent de la famille.
— Dans ce cas, pourquoi as-tu pris cette décision sans même me consulter ?
