Même dans le cadre d’un divorce, il ne pourra donc rien réclamer.
— Et s’il tente de s’installer de force ? demanda Camille.
— Faites changer les serrures et déposez immédiatement une plainte. Et, à votre place, j’engagerais la procédure de divorce sans attendre.
Camille acquiesça lentement. Cette fois, sa décision était prise pour de bon.
En rentrant, elle appela un serrurier et fit remplacer la serrure. Puis elle composa le numéro d’Alexandre.
— Allô, grogna-t-il.
— Alexandre, je vais demander le divorce.
— Quoi ? Camille, tu as perdu la tête ?
— Non. J’ai réfléchi. Lundi, je déposerai le dossier.
— Attends ! On peut se voir, discuter calmement…
— Il n’y a plus rien à discuter. Tu as choisi ta mère au lieu de ta femme. C’était ton droit. Mais moi, je refuse d’être la troisième personne dans mon propre mariage.
— Camille !
— Adieu, Alexandre.
Elle coupa la communication. À sa grande surprise, elle se sentit presque légère.
Le lundi matin, lorsqu’elle sortit de l’immeuble, Monique l’attendait près de l’entrée.
— Alors, tu es contente maintenant ? siffla sa belle-mère. Tu as détruit notre famille !
— Je n’ai rien détruit. Elle était déjà brisée depuis longtemps.
— À cause de ton égoïsme !
— Non. À cause de votre intrusion permanente.
Le visage de Monique vira au rouge.
— Pour qui te prends-tu ? C’est moi qui ai mis Alexandre au monde, moi qui l’ai élevé ! Et toi, tu es arrivée quand tout était déjà prêt !
— Et je suis partie quand j’ai compris que je n’étais pas la bienvenue.
— Sale petite ingrate ! cracha Monique. Égoïste et stérile, voilà ce que tu es !
Camille tressaillit. Comment sa belle-mère connaissait-elle ses difficultés ? Alexandre lui avait-il vraiment confié une chose aussi intime ?
— Tu croyais l’attacher à toi avec cet appartement ? poursuivit Monique. Mais Alexandre ne t’a jamais vraiment aimée ! Il te supportait, c’est tout !
— Ça suffit, dit Camille d’une voix lasse. Partez.
— Je m’en vais ! Mais retiens bien une chose : tu finiras seule ! Personne ne voudra de toi ! Et mon Alexandre, lui, sera encore heureux !
Monique tourna les talons et s’éloigna d’un pas furieux. Camille la regarda partir, envahie par un soulagement étrange. Cette fois, tout était réellement terminé.
Le divorce fut prononcé rapidement. Alexandre ne revendiqua pas l’appartement ; il se contenta de venir récupérer ses affaires. Lorsqu’ils se croisèrent, leurs échanges se limitèrent à quelques mots.
— Ma mère avait raison, lâcha-t-il finalement. Tu n’as toujours pensé qu’à toi.
— Et toi, tu n’as toujours pensé qu’à ta mère, répondit Camille avec calme.
Alexandre ne trouva rien à ajouter. Il partit simplement.
Six mois passèrent. Camille fit rénover l’appartement et le transforma selon ses propres goûts. Au travail, on lui proposa une promotion. Peu à peu, son existence reprenait une forme harmonieuse.
Un soir, elle tomba par hasard sur une connaissance commune, Alice.
— Camille ! Ça fait une éternité ! Comment vas-tu ?
— Très bien, répondit-elle en souriant. Et toi ?
— Bien aussi. Figure-toi que j’ai vu Alexandre récemment. Il était au magasin avec sa mère. Il avait l’air… complètement perdu.
— Nous avons divorcé, dit Camille.
— Je sais. Monique le raconte à tout le monde en expliquant que tu es une femme horrible. Elle prétend que tu leur as volé l’appartement.
— Cet appartement a toujours été à moi.
— Je m’en doute. C’est juste que… tu sais, Alexandre semblait fréquenter une fille pendant quelque temps. Mais Monique l’a fait fuir. Elle disait qu’elle n’était pas assez bien pour lui. Maintenant, ils vivent de nouveau ensemble.
Camille haussa les épaules. Cela ne la concernait plus.
— Bon, je dois filer, dit Alice avec empressement. Ça m’a vraiment fait plaisir de te revoir !
Camille rentra chez elle. Dans son appartement, le silence avait quelque chose de doux, presque chaleureux. Elle se prépara une tasse de son thé préféré, mit une musique agréable en fond sonore. Depuis longtemps, elle n’avait pas ressenti une liberté aussi sincère.
Dehors, la neige tombait. Debout près de la fenêtre, elle observait les flocons descendre lentement et songeait à l’avenir. Un avenir qui lui paraissait clair, ouvert, rempli de possibles. Sans belle-mère toxique. Sans mari lâche. Seulement elle, son existence, ses choix.
Son téléphone vibra. Un message venait d’un numéro inconnu : « Camille, c’est Alexandre. J’ai changé de numéro. Est-ce qu’on peut se voir ? Il faut que je te parle. »
Camille relut le message une seconde fois. Puis, sans trembler, elle l’effaça. Ensuite, elle bloqua le numéro.
Le passé devait rester à sa place : derrière elle. Elle n’avait aucune intention d’y retourner. Désormais, elle avait son appartement, sa vie, ses projets. Et plus aucune belle-mère ne pourrait les réduire en poussière.
