« Elle t’a complètement mis sous sa coupe ! » cracha Monique Henry à voix basse, pendant que Sophie, réveillée et figée, commençait à faire ses valises

Cette manipulation sournoise est honteuse et insupportable.
Histoires

L’épouse surprit par hasard une conversation entre son mari et sa belle-mère ; au matin, elle décida de faire ses valises.

Sophie fut tirée du sommeil par des voix qui filtraient depuis la cuisine. Le réveil indiquait une heure et demie. Allongée dans le noir, elle se demanda qui pouvait bien parler à cette heure-là. Puis elle reconnut la voix de sa belle-mère.

— Nicolas, combien de temps vas-tu encore supporter ça ? cracha Monique Henry à voix basse. Elle t’a complètement mis sous sa coupe !

Sophie se figea. De qui parlaient-ils donc ?

— Maman, moins fort. Sophie dort, répondit son mari d’un ton étouffé.

— Et alors ? Qu’elle entende ! Peut-être qu’elle finira par comprendre ce qu’elle fait !

Le cœur de Sophie se mit à battre si violemment qu’elle eut l’impression que tout l’appartement pouvait l’entendre. Cette fois, il n’y avait plus de doute : il était question d’elle.

— Hier, je lui ai dit qu’il fallait éplucher les pommes de terre. Et tu sais ce qu’elle m’a répondu ? Qu’elle saurait bien elle-même quand elle le ferait ! Tu te rends compte ? À moi, à mon âge !

— Maman, voyons…

— Ne la défends pas ! Trente-cinq ans que je me tais ! Je pensais qu’elle finirait par revenir à la raison, qu’elle comprendrait qui commande ici. Mais non, c’est de pire en pire !

Sophie ferma les paupières. Mon Dieu, de quoi parlait-elle ? Quelles pommes de terre ? La veille, elle avait passé la journée entière à ranger, cuisiner, laver. Et maintenant, tout le problème se résumait à des pommes de terre ?

— Et puis regarde-la, poursuivit la belle-mère. Elle se pavane comme si elle était une princesse ! Qu’est-ce qu’elle sait faire, au juste ? Elle ne cuisine même pas correctement, elle ne tient pas la maison…

— Maman, arrête.

— Non, je n’arrêterai pas ! Nicolas, tu es un homme, oui ou non ? Pourquoi acceptes-tu que ta femme te dicte ta conduite ?

— Personne ne me dicte rien !

— Bien sûr que si ! Je me souviens très bien : tu voulais changer de voiture, elle s’y est opposée. Tu voulais acheter une maison de vacances, elle a encore dit non. Pour tout, absolument tout, tu demandes son avis !

Sophie s’était redressée dans le lit, bouche entrouverte. Quelle voiture ? Quelle maison de vacances ? Ils avaient toujours pris leurs décisions ensemble. Ou bien s’était-elle trompée pendant toutes ces années ?

— Tu veux savoir ce que je pense ? reprit Monique Henry, d’une voix plus basse, mais plus venimeuse encore. Elle ne te respecte pas. Pas du tout.

— Maman…

— Ne fais pas “maman” comme ça ! Je vois bien ce qui se passe. Toi, tu travailles comme un forçat, et elle ? Elle s’étale sur le canapé devant la télévision !

Sophie eut le souffle coupé. Sur le canapé ? Cette femme était-elle aveugle ? Ou refusait-elle simplement de voir qu’elle travaillait sans relâche du matin au soir ?

— Et en plus, elle est ingrate ! ajouta la belle-mère. Tout ce que j’ai fait pour elle ! Quand elle était malade, c’est moi qui l’ai soignée. Quand l’argent manquait, c’est moi qui ai aidé. Et voilà comment elle me remercie !

— Personne ne te manque de respect, maman.

— Si ! Hier, je lui ai demandé pourquoi elle ne répondait pas à mes appels. Elle m’a dit qu’elle était occupée ! Occupée ! À quoi peut-elle donc être si occupée ?

Sophie repensa à la journée précédente. Cinq appels manqués de sa belle-mère. Oui, elle n’avait pas décroché : elle était devant la cuisinière, en train de préparer le repas pour toute la famille.

— Nicolas, murmura alors Monique Henry, presque imperceptiblement, tu ne crois pas qu’il serait temps de changer quelque chose ?

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Eh bien… parle-lui sérieusement. Explique-lui comment elle doit se comporter. Elle s’imagine qu’elle peut tout se permettre !

— Maman, cela fait trente-cinq ans que nous sommes ensemble…

— Justement ! Trente-cinq ans que tu encaisses ! Et elle, qu’a-t-elle fait pour toi ? Les enfants, elle ne les a même pas élevés correctement, et la maison est dans un état…

Sophie serra les poings sous la couverture. Les enfants ? Comme si elle ne les avait pas élevés presque seule ! Et la maison… Seigneur, quelles absurdités cette femme pouvait débiter !

— Je ne dis pas que tu dois la mettre dehors, continua Monique Henry. Mais il faut la remettre à sa place. Qu’elle sache enfin où est la sienne.

Un long silence tomba. Sophie tendit l’oreille, incapable de bouger.

— Bon, maman. Il est tard. Va dormir.

— Réfléchis à ce que je t’ai dit, Nicolas. Réfléchis-y sérieusement.

On entendit le frottement de pantoufles sur le sol, puis une porte qui se referma. Ensuite, son mari passa par la salle de bains avant de revenir se coucher. Sa respiration devint vite calme et régulière.

Sophie, elle, resta les yeux fixés au plafond. Le sommeil l’avait définitivement quittée.

Au matin, Nicolas Faure se leva comme si rien ne s’était produit. Il sifflota joyeusement sous la douche, prit son petit déjeuner, puis consulta les nouvelles sur son téléphone.

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