« Je comptais sur ma part après le mariage… » lança Pierre André d’un ton contrarié, réclamant l’appartement qu’elle avait acquis avant leur union

Un geste lâche et honteux brisa sa dignité.
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Les demandes formulées étaient proprement extravagantes. Pierre André priait le tribunal de lui reconnaître un droit sur la moitié de l’appartement au motif qu’il aurait réalisé, durant le mariage, des « améliorations indissociables ayant accru de façon significative la valeur du bien ».

La liste de ces prétendus travaux suivit. On y retrouvait l’étagère fixée dans la salle de bains, le remplacement du mitigeur de la cuisine, la peinture d’un mur du séjour, et même le fait d’avoir, selon ses dires, « assumé régulièrement le règlement des charges, contribuant ainsi à la conservation du logement ».

Lorsque son avocat se rassit, la magistrate — une femme âgée au visage marqué par la fatigue mais au regard perçant — tourna les yeux vers Marine Dumont.

— Quelle est votre position ?

Marine se leva sans précipitation. Elle ne parla ni d’amour trahi ni d’humiliation. Elle s’exprima dans la langue qu’elle maîtrisait le mieux : celle de la rigueur et des preuves.

— Madame la Présidente, déclara-t-elle d’une voix posée, la requête de mon ex-époux est juridiquement infondée. Ce bien m’appartient depuis avant notre mariage, comme l’atteste le titre de propriété que je dépose à l’instant.

Le document fut posé devant le juge.

— Quant aux « améliorations indissociables »… Permettez-moi d’apporter quelques précisions.

Elle fit glisser une nouvelle liasse de pièces.

— Voici la facture de l’étagère en question : 800 euros. Voici maintenant celle du plombier, intervenu après que mon ex-mari a tenté de réparer lui-même le robinet et provoqué une inondation chez nos voisins du dessous. Le montant des dégâts s’est élevé à 50 000 euros, somme que j’ai réglée intégralement sur mes revenus personnels.

Elle marqua une pause, puis ajouta :

— Et voici les photographies du salon après qu’il a « repeint » le mur : traces irrégulières, parquet taché. J’ai dû engager une entreprise pour remettre entièrement la pièce en état.

Les pièces s’accumulaient sur le bureau, méthodiquement.

— Concernant les charges… — un léger sourire passa sur son visage. — Je produis mes relevés bancaires sur dix ans. Vous constaterez que j’ai acquitté environ 90 % des factures. Et voici ceux de mon ex-époux. Sur la même période, il a manifestement investi avec beaucoup d’enthousiasme dans du matériel de pêche haut de gamme, des séjours spécialisés et divers équipements électroniques.

Elle se tut. Le silence se fit dense dans la salle. L’avocat de Pierre André fixait désormais son client avec une irritation mal dissimulée. Quant à lui, il avait perdu toute superbe. Son projet de partage « équitable » venait de s’effondrer sous le poids des preuves.

— Au vu de ces éléments, conclut Marine en s’adressant au tribunal, non seulement je conteste toute prétention de Monsieur sur mon appartement, mais je pourrais également revendiquer le remboursement de sommes importantes correspondant aux années durant lesquelles il a vécu à mes frais. Toutefois, contrairement à lui, je ne souhaite pas dresser l’inventaire du passé. Je demande simplement l’application stricte du droit.

La décision tomba cinq minutes plus tard. La demande de Pierre André fut rejetée dans son intégralité.

Dans le couloir, il la rattrapa.

— Tu m’as détruit… souffla-t-il entre ses dents. Tu m’as humilié devant tout le monde.

Elle le regarda une dernière fois. Son expression n’était ni haineuse ni colérique. Il n’y avait plus que de la distance, presque de la pitié.

— Non, Pierre André. Tu t’es détruit toi-même. Le jour où tu as considéré que mon amour et mon foyer n’étaient qu’un actif à diviser.

Sans attendre de réponse, Marine Dumont se détourna et s’engagea dans le long corridor résonnant du palais de justice. Elle ne se retourna pas. Devant elle s’ouvrait une existence neuve, affranchie. Dans cet appartement qu’elle avait défendu, reconquis symboliquement, elle vivrait désormais pour elle-même.

Et dans cette vie-là, il n’y aurait plus jamais de place pour ceux qui entrent dans un foyer en calculant la part qu’ils pourront en extraire.

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