« Je comptais sur ma part après le mariage… » lança Pierre André d’un ton contrarié, réclamant l’appartement qu’elle avait acquis avant leur union

Un geste lâche et honteux brisa sa dignité.
Histoires

— Comment ça, ton appartement ne peut pas être partagé ? Je comptais sur ma part après le mariage… lança mon mari d’un ton contrarié en parlant du logement que j’avais acquis avant notre union.

Pour Marine Dumont, la convocation du tribunal annonçant la dissolution de son mariage n’eut rien d’un choc. L’année écoulée avec Pierre André avait ressemblé à une lente extinction, douloureuse et inévitable. Ses heures supplémentaires à répétition, sa froideur nouvelle, ce regard devenu lointain — tout cela parlait plus fort que des aveux. Un mois plus tôt, il était rentré, avait fait sa valise sans éclat, puis avait déclaré qu’il « avait rencontré quelqu’un d’autre » et que « ce serait plus correct ainsi ». Correct. Quel mot étrange pour maquiller une trahison.

Elle ne tenta pas de le retenir. La souffrance était sourde, persistante comme une vieille blessure qui se rouvre, mais un certain apaisement l’accompagnait. Elle n’aurait plus à feindre que tout allait bien, ni à mendier des conversations, ni à chercher en elle des fautes imaginaires. C’était terminé.

Elle vivait dans son propre appartement — un deux-pièces spacieux et baigné de lumière, hérité de ses parents bien avant sa rencontre avec Pierre André. Cet endroit avait toujours été son refuge, sa forteresse intime. Après le départ de son mari, il redevenait peu à peu exclusivement le sien. Elle entreprit enfin ce qu’elle repoussait depuis des années : nouvelle tapisserie dans la chambre, fauteuil confortable dont elle rêvait depuis longtemps. Elle reconstruisait son existence, pièce après pièce.

Une semaine après avoir reçu les documents officiels, Pierre André l’appela. Sa voix était sèche, presque administrative.

— Bonjour, Marine. Il faut qu’on se voie pour régler les détails du partage. Sans avocats, inutile de dépenser de l’argent pour rien.

Elle accepta. Elle voulait croire qu’ils pouvaient mettre un terme à leur histoire avec un minimum de dignité.

Ils se retrouvèrent dans un café. Il arriva avec une chemise cartonnée, comme pour une réunion professionnelle.

— Bien, commença-t-il en l’ouvrant. Concernant les biens communs. La voiture — je la garde, c’est moi qui l’utilise. Le garage — il est à toi, on peut l’estimer et déduire ma part. La maison de campagne…

Il parlait de leurs dix années de vie commune comme s’il présentait le bilan d’une société en liquidation. Le cœur de Marine se serra, mais elle resta droite.

— Et l’appartement, bien sûr, ajouta-t-il en venant au point crucial.

— Que veux-tu dire, l’appartement ? demanda-t-elle calmement.

— On le partage conformément à la loi.

— Pierre André, cet appartement m’appartient depuis avant notre mariage. Il ne fait pas partie des biens communs. Juridiquement, il n’est pas divisible.

Il leva les yeux vers elle. Aucune gêne dans son regard, aucun doute. Seulement une froide obstination.

— Comment ça, il n’est pas divisible ? s’indigna-t-il sincèrement. Je comptais sur une part après le mariage !

Marine le fixa, stupéfaite. Il « comptait ». Ainsi, dès le début, il avait fait ses calculs.

— Et sur quelle part comptais-tu exactement ? demanda-t-elle avec un calme maîtrisé.

— La moitié, évidemment ! s’emporta-t-il. J’ai vécu dix ans dans cet appartement ! Je payais les charges ! C’est moi qui changeais les ampoules, qui réparais les robinets ! J’y ai investi mon temps, mon énergie ! Tu crois que ça ne vaut rien ?

— Ça s’appelle simplement vivre en couple, répondit-elle sèchement. Moi aussi, j’ai cuisiné, lavé, nettoyé. Devrais-je t’envoyer une facture pour services domestiques ?

— Ne détourne pas la question ! frappa-t-il la table du plat de la main. Ce n’est pas comparable ! Je suis un homme, j’ai contribué au patrimoine principal ! Je pensais que, le moment venu, nous agirions en personnes civilisées : vendre l’appartement et partager l’argent.

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