La bague qu’elle venait d’abandonner sur la table de nuit brillait faiblement dans la pénombre. Camille Lefevre l’avait retirée d’un geste sec, comme on se débarrasse d’un objet contaminé. Qu’elle reste là. Ce cercle d’or ne représentait plus rien d’autre qu’un mensonge poli.
Elle tira sa valise jusque dans l’entrée, enfila son manteau d’un mouvement nerveux et attrapa ses clés. À cet instant, Monique Delattre apparut sur le seuil de la cuisine, un plateau encore entre les mains. En découvrant Camille prête à partir, bagage à roulettes près de la porte, elle s’immobilisa.
— Où comptes-tu aller comme ça ? lança-t-elle.
Son ton n’exprimait aucune surprise sincère ; une satisfaction à peine dissimulée y perçait.
Camille planta sur elle un regard vidé de toute chaleur.
— Chez moi, répondit-elle simplement.
Le plateau fut déposé avec précaution sur la console.
— Mais vous venez tout juste d’arriver !
— Julien Moreau se débrouillera très bien sans moi. Vous lui direz que je suis partie.
Sans ajouter un mot, elle ouvrit la porte et quitta la maison. L’air frais du matin lui fouetta le visage. Elle inspira profondément, comme si elle sortait enfin d’une pièce étouffante. Ses doigts tremblaient lorsqu’elle commanda un taxi.
À l’arrière du véhicule, le barrage céda. Les larmes coulèrent en silence, traçant des sillons brûlants sur ses joues. Le chauffeur jetait de temps à autre un regard discret dans le rétroviseur, mais il eut la délicatesse de ne poser aucune question. Le paysage défilait sans qu’elle le voie vraiment.
Quand la voiture s’arrêta devant son immeuble, Camille se sentit étrangement vide, comme si toute énergie l’avait quittée. Elle régla la course, descendit mécaniquement et traîna sa valise jusqu’à l’entrée, chaque pas résonnant dans un calme presque irréel.
Dès le lendemain, elle engagea la procédure de divorce. Est-ce que cela faisait mal ? Évidemment. Était-elle humiliée ? Profondément. Pourtant, elle refusait de se considérer comme quelqu’un qu’on peut traiter sans respect. Elle valait mieux que les tromperies et les faux-semblants.
Julien tenta de la joindre pendant des semaines. Il appelait, la suppliait de l’écouter, cherchait des excuses maladroites, promettait que tout pouvait s’arranger. Peut-être aurait-elle vacillé… si elle n’avait pas entendu de ses propres oreilles ce qu’elle avait entendu. Cette certitude la protégeait désormais de toute faiblesse.
Des hommes, il y en a d’autres. Elle en rencontrerait un qui saurait construire avec elle quelque chose de solide, une vraie famille fondée sur l’honnêteté. Mais une chose était sûre : jamais plus elle ne porterait quelqu’un à bout de bras pendant qu’on la trahit dans son dos.
