«Dis-lui de retourner chez les siens» — ordonne Monique, poussant Camille à faire ses valises

Assez de mensonges, je mérite bien mieux.
Histoires

La colère montait en Camille comme une eau en ébullition. Encore une fois. Toujours le même scénario. Et elle, dans tout ça ? Devait-elle rester là, muette, à encaisser ? Apparemment, c’était le rôle qu’on lui assignait.

— Allons, ne nous disputons pas, tenta-t-elle d’une voix conciliante. Ça finira par s’arranger.

Monique Delattre pinça les lèvres, visiblement peu convaincue.

— Le temps, lui, ne s’arrête pas, ma chérie.

— Maman, ça suffit ! s’emporta Julien Moreau. On est venus passer un moment tranquille, pas subir un interrogatoire.

D’un geste agacé, il ralluma la télévision et monta le son à un niveau excessif. Camille laissa échapper un soupir las. La soirée était gâchée. Elle se leva et commença à débarrasser la table, empilant les assiettes avec plus de bruit qu’elle ne l’aurait voulu.

— Tu pourrais au moins l’aider au lieu de t’affaler comme ça, lança Monique à son fils d’un ton réprobateur.

Julien marmonna quelque chose d’incompréhensible avant de se lever à contrecœur. La fin de la soirée se déroula dans un silence pesant. Chacun évitait le regard de l’autre. Ils ne se couchèrent que tard.

Mais le sommeil refusa de venir à Camille. Elle se retourna maintes fois sous la couette, l’esprit envahi de pensées sombres. Une tristesse épaisse lui comprimait la poitrine. À côté d’elle, Julien dormait profondément, étalé sur tout le lit, respirant bruyamment. Elle soupira dans l’obscurité et finit par fermer les yeux.

Un frisson la réveilla à l’aube. La fenêtre était entrouverte, laissant entrer l’air froid du matin. Elle se leva pour la refermer. Julien n’était plus là. Elle consulta l’horloge : six heures trente. Étonnant.

Enfilant son peignoir, elle se dirigea vers la cuisine.

Des voix lui parvinrent avant même qu’elle n’atteigne la porte. Elle s’apprêtait à entrer lorsqu’un détail l’arrêta net : le ton employé. Elle resta immobile dans le couloir.

Julien était assis à la table, avachi comme à son habitude. Une tasse de thé presque vide pendait à sa main, tandis que l’autre se passait nerveusement dans ses cheveux. Monique se tenait debout face à lui.

— Combien de temps comptes-tu continuer ainsi, Julien ? Tu as vu dans quel état elle est ? Toujours renfrognée, jamais satisfaite. C’est invivable ! Et toi, tu laisses traîner les choses. Tu es un homme, c’est à toi de trancher.

Il haussa vaguement les épaules.

— Je t’ai déjà expliqué, maman. Il faut patienter encore un peu. Qu’elle contracte ce crédit pour la voiture, après on verra. Et puis… qu’elle parte d’elle-même. Je n’ai aucune envie de scènes.

Le sang de Camille se glaça. Elle s’agrippa au chambranle pour ne pas vaciller. Était-ce vraiment son mari qui parlait ainsi ? D’un ton si neutre, presque banal, comme s’il commentait la météo ?

— Je t’avais prévenu dès le début qu’elle n’était pas faite pour toi, poursuivit Monique. Elle ne sait pas tenir une maison, ni construire une famille. Tu dépends de son argent, et elle s’imagine que tout repose sur l’amour… Quelle illusion. Partager le même toit qu’elle doit être un supplice, je le vois bien.

— Ne t’inquiète pas, je gérerai, répondit Julien avec nonchalance. Encore deux ou trois mois. Il faut simplement choisir le bon moment. Je ne veux pas de drame inutile.

Monique inspira profondément, les bras croisés sur la poitrine.

— Tu dois enfin te décider.

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