«Je n’échangerai rien du tout ! Cet appartement est à moi — point final !» — lança-t-elle sèchement en plantant son regard dans celui de son mari

Quelle abjecte ingratitude : on menace mon foyer sacré.
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Son visage était livide, et ses doigts tremblaient légèrement.

— Aurélie, tu n’aurais pas dû aller aussi loin. Maman voulait simplement bien faire.

— Bien faire ? — Aurélie Renaud eut un rire sec, sans la moindre joie. — Bien pour qui, exactement ? Pour Sarah ? Pour vous deux ? Et moi, dans tout ça ?

— Pour tout le monde.

— Tout le monde, sauf moi, visiblement.

Sans ajouter un mot, Aurélie se dirigea vers l’entrée et ouvrit la porte d’un geste ferme.

— Catherine Lemoine, je vous demande de partir.

Sa belle-mère attrapa son sac avec nervosité et lança à Aurélie un regard chargé de mépris.

— Tu es quelqu’un d’abject. Tu n’as aucun cœur.

Elle sortit en claquant violemment la porte derrière elle. Aurélie referma doucement, puis s’adossa au mur. Sa respiration était courte, irrégulière, et son cœur battait à tout rompre.

Mathieu Delmas était resté immobile au milieu du salon, les yeux fixés sur sa femme.

— Pourquoi l’as-tu traitée de cette façon ?

— Et pourquoi s’est-elle permis de me traiter ainsi ?

— Elle voulait aider ma sœur.

— En me sacrifiant, Mathieu. Tu comprends ce que ça veut dire ? À mes dépens.

— Nous sommes une famille. Une famille se soutient.

— Se soutenir ne signifie pas tout abandonner.

— Personne ne te demandait de tout perdre. Juste d’échanger.

— Je ne veux pas échanger cet appartement ! Combien de fois faudra-t-il que je le répète ?

Mathieu s’assit lourdement sur le canapé et passa une main sur son visage fatigué.

— Dans ce cas… si tu refuses d’aider Sarah, il faut peut-être se demander si notre couple a encore un avenir.

Il avait parlé doucement, presque sans émotion. Pourtant, ses mots frappèrent Aurélie bien plus violemment qu’un cri. Elle le regarda longuement, cherchant en lui l’homme avec lequel elle partageait sa vie depuis deux ans. Elle ne le reconnut pas.

— C’est une menace ?

— Une réflexion.

— Alors voici ma réponse : non. Il n’y a plus de sens à continuer.

Mathieu releva la tête, surpris.

— Tu es sérieuse ?

— Absolument. Si notre mariage dépend du fait que je renonce à mon logement, alors je n’en veux plus.

— Aurélie…

— Ça suffit, Mathieu. J’ai tout dit.

Il se leva, entra dans la chambre. Elle entendit les portes de l’armoire s’ouvrir, le froissement des sacs. Une vingtaine de minutes plus tard, il réapparut avec un bagage.

— Je vais rester quelque temps chez ma mère.

— La durée ne dépend que de toi.

Il la regarda, visiblement hésitant, prêt à parler. Finalement, il se tut. Il enfila son manteau dans l’entrée, prit ses clés.

— Si tu changes d’avis, appelle-moi.

— Je ne le ferai pas.

La porte se referma. Aurélie se retrouva seule. Elle rejoignit le salon et s’assit sur le canapé. Son regard glissa sur les murs familiers, les photos de famille sur les étagères, le parquet posé autrefois par ses parents.

Le silence était total, dense, enveloppant. Pourtant, elle ne ressentait ni peur ni regret. Seulement une certitude calme et solide : elle avait fait le bon choix.

Elle se leva et s’approcha de la fenêtre. La ville du soir s’étendait devant elle, ponctuée de lumières dans les immeubles voisins. L’appartement restait le sien. Ce lieu bâti par ses parents, chargé de leur présence et de leurs souvenirs. Personne n’en disposerait à sa place. Personne ne l’obligerait à se dépouiller pour satisfaire les exigences des autres.

Mathieu était parti. Catherine Lemoine avait été éconduite. Sarah Monnier demeurait sans aide. Et pourtant, Aurélie n’éprouvait aucune culpabilité. Aider ne signifie pas se détruire soi-même.

Elle sortit son téléphone et écrivit à son amie Dominique Pelletier :

« Mathieu est parti. C’est compliqué. Tu pourrais passer demain ? »

La réponse arriva presque aussitôt :

« Bien sûr. J’apporte du vin. Tiens bon. »

Un sourire discret se dessina sur les lèvres d’Aurélie. La vie continuait. Sans un mari qui plaçait les intérêts des autres avant ceux de sa femme. Sans une belle-mère persuadée que ce qui ne lui appartenait pas lui était dû. Sans ceux qui refusaient de respecter ses choix.

L’appartement était toujours là. Le foyer aussi. La mémoire de ses parents demeurait intacte. Le reste importait peu.

Elle alla dans la cuisine et s’assit à la table, les yeux posés sur la chaise vide en face d’elle. Mathieu s’y asseyait autrefois. Plus maintenant. Et cela lui semblait juste.

Il faudrait penser à changer les serrures. Par précaution. Mathieu pourrait revenir, tenter de faire pression. Mais la porte resterait close. Le foyer serait protégé.

Aurélie rejoignit la chambre, s’allongea sur le lit et ferma les yeux. Demain serait un autre jour. Sans disputes, sans contraintes, sans attentes imposées.

Il n’y aurait qu’elle et son chez-soi. Sa forteresse. Sa vie. Et personne, jamais, ne pourrait la lui reprendre.

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