…avec l’intention manifeste de l’entraîner jusque dans les cuisines. Élodie Perrin laissa échapper un cri aigu lorsque la poigne se resserra, la douleur lui traversant le bras. Elle n’eut pourtant pas le temps de se débattre davantage : une autre main, bien plus ferme, se referma brusquement sur le poignet de Mathieu Renaud. La pression fut telle que les jointures blanchirent sous l’effort. Laurent Besson venait d’intervenir.
— Lâchez-la, ordonna-t-il d’une voix grave, chargée d’une menace à peine voilée. Touchez-la encore une seule fois et je vous garantis que votre entreprise ne verra pas la fin de la semaine.
Tétanisé, Mathieu Renaud obéit aussitôt. Il relâcha Élodie et recula de quelques pas, les paumes levées dans un geste de reddition, le visage défait par la peur.
— Mais… monsieur Besson… elle détient votre pendentif…
— Taisez-vous et disparaissez, trancha Laurent sans même lui accorder un regard.
Son attention revint alors vers Élodie. Ils se faisaient face, séparés par à peine quelques centimètres. Elle distingua nettement l’arôme d’un alcool coûteux sur son souffle et fut frappée par la souffrance nue qui assombrissait ses yeux gris.
— Donnez-le-moi, exigea-t-il en tendant la main, paume ouverte. Tout de suite.
Elle secoua lentement la tête, serrant le bijou contre elle comme une bouée de sauvetage.
— Il m’appartient. C’est le dernier souvenir de ma mère. Je l’ai toujours porté, depuis que je suis enfant.
— C’est faux ! hurla Laurent Besson en frappant la colonne de marbre de son poing. Ma femme le portait la nuit où elle a trouvé la mort dans cet accident. Il n’y a eu aucun survivant. Aucun.
Sa colère semblait prête à tout emporter. Tremblante mais animée d’une dignité inattendue, Élodie défit la chaîne d’un geste fébrile, retira le médaillon et le tint fermement entre ses doigts, prête à affronter ce qui allait suivre.
