« Monsieur Vauclin, une plainte a été déposée contre vous pour violences volontaires sur conjoint. Les faits relèvent du code pénal. S’y ajoutent des menaces de mort caractérisées. Vous allez nous suivre afin de déposer votre déposition. »
— Mais… c’est elle qui m’a attaqué !
Valérie Montoya ne cilla pas. Sa voix resta ferme, tranchante :
« Votre épouse présente de multiples lésions constatées médicalement, infligées il y a au moins deux heures. De votre côté, les blessures sont récentes et, au vu des témoignages, correspondent à des actes de légitime défense. Avancez. »
Romain Vauclin fut escorté vers la sortie. Il se retourna encore, chercha à protester, à appeler, mais la porte se referma sèchement, étouffant ses mots.
Camille Lefort quitta alors la chambre, Manon Delcourt blottie contre elle. L’enfant dormait profondément, le visage enfoui dans le cou maternel, comme si tout ce tumulte n’existait plus.
— Maman… murmura Camille. Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ?
— Maintenant, répondit Hélène Roussel sans hésiter, nous lançons la procédure de divorce. On demandera une pension. Valérie Montoya m’a confirmé qu’avec un dossier pareil, le juge te laissera l’appartement. On vivra toutes les trois. On s’en sortira, d’une façon ou d’une autre.
— Il disait pourtant que sans lui, on ne tiendrait pas…
Hélène entoura sa fille de ses bras.
— Ma grande, j’ai passé quarante ans à remettre des gens debout. Tu crois vraiment qu’un seul homme violent va me faire plier ? On va tenir. Je te le promets.
Camille fondit en larmes, mais cette fois, c’étaient des pleurs différents : un poids venait de tomber.
Trois mois plus tard, lorsque Romain Vauclin fut condamné à une peine avec sursis, assortie de travaux d’intérêt général et d’une interdiction d’approcher son ex‑famille, quand le divorce fut prononcé et que l’appartement resta effectivement à Camille, Hélène était assise à la table de la cuisine, une tasse de thé entre les mains, le sourire aux lèvres.
Valérie Montoya passa ce jour‑là. Elles s’étaient rapprochées, se voyaient parfois.
— Vous savez, Hélène, lança l’enquêtrice, vous auriez pu être inquiétée pour dépassement de la légitime défense.
— Je le sais, répondit-elle en hochant la tête. Mais il y a des risques qu’on accepte. Pour ses enfants, toujours.
— Vous avez raison, dit Valérie en levant sa tasse. À celles qui ne reculent pas.
Les porcelaines s’entrechoquèrent doucement. Et Hélène songea que cette vieille poêle en fonte héritée de sa mère, désormais accrochée bien en vue au mur, était devenue une véritable relique familiale. Un rappel silencieux : on protège les siens jusqu’au bout. Même à soixante‑deux ans. Même quand on se croit sans force.
Car l’amour d’une mère est la plus puissante des armes.
