…le téléphone à la main, elle composa le numéro. Romain Vauclin se redressa péniblement, tendant l’oreille, inquiet.
— Allô, Valérie Montoya ? C’est Hélène Roussel. Vous souvenez‑vous de moi ? Je travaillais en réanimation lorsque votre fils a été admis après son accident… Il va bien aujourd’hui ? J’en suis sincèrement heureuse. Écoutez, j’ai un problème grave. Le mari de ma fille l’a violemment frappée. Très violemment. L’enfant a tout vu. Pourriez‑vous intervenir ? Vous êtes toujours enquêtrice au parquet… Merci. J’attends votre retour.
Le visage de Romain se vida de toute couleur.
— C’est du cinéma…, murmura‑t‑il, sans grande conviction.
— Tu crois vraiment ? répondit Hélène en prenant place dans le fauteuil, la poêle toujours serrée contre elle. Valérie Montoya est une femme reconnaissante. Pendant trois mois, j’ai veillé sur son fils lorsqu’il était dans le coma. Je lui parlais, je le tournais pour éviter les escarres, je surveillais chaque détail. Les médecins n’y croyaient plus, moi si. Il s’est réveillé. Il a survécu. Aujourd’hui, il est marié et père de deux enfants. Alors oui, Romain Vauclin, elle m’aidera.
— Je… je n’ai pas voulu…, balbutia‑t‑il soudain d’une voix suppliante. J’étais à bout de nerfs. Ça arrive à tout le monde. Je te jure que ça ne se reproduira plus.
— Il est trop tard.
— Je paierai ! Autant que tu voudras ! Je t’achète une voiture !
Hélène resta silencieuse.
— Vous ne comprenez pas ! cria‑t‑il, au bord de l’hystérie. J’ai une entreprise, une image à défendre ! Si je suis poursuivi, tout s’écroule ! Les contrats, les partenaires, tout !
— Il fallait y penser avant.
— Vieille folle ! Tu as toi‑même enfreint la loi ! Regarde‑moi, je saigne ! J’ai peut‑être une commotion ! Je te traînerai en justice !
Un sourire bref passa sur les lèvres d’Hélène.
— Tu pourras toujours essayer. Explique donc comment une femme de soixante‑deux ans a mis à terre un homme en pleine santé avec une poêle. Je parlerai de légitime défense. Tu as forcé l’entrée, tu nous as menacées, ma fille et moi. J’ai eu peur pour nos vies. Et Manon Delcourt confirmera avoir vu son père frapper sa mère. Un enfant de trois ans ne ment pas.
Romain se tut. Assis par terre, la main ensanglantée plaquée contre son crâne, il commençait seulement à mesurer l’ampleur de ce qui lui arrivait.
Vingt minutes plus tard, la police arriva. Avec l’agent de quartier se trouvait Valérie Montoya en personne, une femme imposante d’une cinquantaine d’années au regard dur. Romain tenta de se justifier, gesticula, parla d’agression, mais l’enquêtrice le fit taire d’une voix glaciale, mettant brutalement fin à ses protestations et donnant le ton de ce qui allait suivre.
